Pique-nique contre la frontière : une journée de protestation à Sospel

Dans la matinée et dans l’après-midi du dimanche 18 novembre, des dizaines d’habitants de la région frontalière entre Vintimille et la vallée de la Roya ont organisé des temps d’informations et un pique-nique contre la frontière, ses violences et ses conséquences dans le village de Sospel. Nous proposons ici une traduction du compte rendu de la journée de protestation publié sur le site Parole Sul Confine ainsi que le texte qui a été distribué dans les rues de Sospel.


Dimanche 18 novembre à Sospel, une trentaine d’habitants des vallées transfrontalières ont brisé le silence sur la militarisation du territoire et sur les morts, plus de 20 en trois années, que les politiques sécuritaires ont provoqué. Dans la matinée, des tracts ont été distribués dans les rues du village pour communiquer ce qui se passe et raconter le caractère concret de l’expression “la frontière tue”.

Au cours de la distribution des tracts, la liste des 21 décès documentés à la frontière de Vintimille et des Alpes Maritimes depuis 2016 a été affichée sur les tableaux d’affichage de la vallée, la cause et le lieu du décès étant à chaque fois expliqué.

Par la suite , les participants se sont retrouvés pour un pique-nique dans un pré qui surplombe le point de contrôle fixe de Sospel, pour dénoncer sa présence et perturber la routine des contrôles. Tout au long du pique-nique, chaque contrôle des véhicules traversant cette intersection qui relie la vallée de la Roya au reste des Alpes Maritimes était accompagné du son des trompettes et de slogans opposés à la frontière. Plutôt chômeur, que contrôleur“, “Moins de militaires, plus de sorcières“, “La frontière tue, honte à ses gardiens furent les slogans les plus chantés.

À la fin du pique-nique, tous les participants ont été arrêtés et identifiés par la gendarmerie.

Il reste la certitude que des piques-niques comme celui-ci, il en faudrait 100 ou 1000, et que la prochaine fois, nous serons plus nombreux.

Moments du pique-nique de protestation contre la frontière et de la militarisation de la frontière – Sospel – dimanche 18 novembre

 

Sospel, l’un des tableaux d’affichage de la vallée où la liste des personnes décédées a été publiée en raison de la fermeture de la frontière italo-française de 2016 à aujourd’hui.

 

Ci-dessous, le texte qui a été diffusé pour informer les gens de la situation le long de la frontière italo-française.

LA FRONTIÈRE TUE, HALTE À LA MILITARISATION !

La frontière de Vintimille est fermée depuis juin 2015, mais à partir de 2016, la militarisation de l’ensemble du territoire frontalier est devenue massive et envahissante. La première conséquence directe de cette politique de militarisation des deux côtés de la frontière est la mort de plus de 20 personnes. Ces décès ne sont pas une conséquence du hasard, mais des refoulements quotidiens qui obligent les individus à s’exposer à des risques croissants pour tenter de franchir la frontière.

Aujourd’hui évidemment, ni les hotspots (premiers centres d’identification créés par l’UE dans les pays du premier débarquement), ni les tristement célèbres accords signés avec des gouvernements autoritaires tels que la Turquie, l’Égypte ou la Libye, ne semblent suffire à l’Europe. Les milliers de personnes décédées en Méditerranée ainsi qu’à d’autres frontières intérieures et extérieures ne sont certainement pas assez. Le retour des régurgitations souveraines et populistes s’allie au rêve technocratique de Bruxelles où il aspire au contrôle des populations indésirables. Dans les rêves de l’un et de l’autre, les routes doivent être nettoyées et les personnes sélectionnées, que cela se fasse pour la pureté de la race ou pour la valorisation du centre-ville historique, le prix ne change pas.

Un rêve totalitaire alors, que nous voyons se dérouler avec des scénarios similaires à Vintimille comme à Clavière ou au Brennero. Des lieux touristiques et frontaliers où la brutalité et la violence ne sont pas épargnées pour garantir un contrôle discret mais jamais total de la situation. Le scénario typique implique une militarisation du territoire dont les populations locales restent des spectateurs passifs. Il est ici nécessaire de se dégager de ce rôle de spectateur, et à nouveau le moment de prendre la parole contre la frontière et sa militarisation.

Plusieurs mobilisations sont en train de se construire dans les zones frontalières de l’arc alpin, d’ici à Trieste. Dans les vallées de la Roya et de la Bevera, les points de contrôles se sont multipliés depuis deux ans et la présence de soldats armés sur les sentiers, ainsi que dans les rues des villages, est devenue la norme. Nous ne voulons pas vivre en silence sur un territoire déterminé par la militarisation et les contrôles raciaux. Que ces contrôles se produisent dans nos vallées, dans les villes ou en Méditerranée, il n’en reste pas moins que la présence de l’armée et de la police construit et reconstruit des frontières partout dans le monde, et que personne n’est plus en sécurité dans un monde rempli de flics.

Assez de morts à la frontière, ici et ailleurs!

Halte à la militarisation!

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