Appel à soutien contre l’expulsion du campement de San Ferdinando (Calabre)

Nous diffusons les dernières nouvelles de San Ferdinando, dans la province de Reggio Calabria, où des centaines de personnes se mobilisent pour empêcher l’expulsion de leurs habitations et leur transfert dans un camp officiel contrôlé par l’état.

Infos reprises et traduites à partir du site : Compagne in Lotte.

Ces derniers jours, les habitants de San Ferdinando ont continué de s’organiser en vue de l’expulsion prochaine du campement où se situe leurs habitations et maintiennent un mot d’ordre clair : « plutôt unis et libre de mouvement dans un camp comme celui-ci, qu’enfermés dans une prison ». Leur détermination n’a jamais failli malgré les conditions de vie misérables, la marginalisation dans laquelle ceux-ci sont forcés de vivre, et la militarisation du territoire due à la présence constante des contrôles policiers.

Après la conférence de presse laconique tenue lundi devant l’entrée du nouveau camp officiel (celui-ci consiste en fait en un amas de tentes alignées appelé “tendopoli”), et où le préfet a annoncé que ce dernier « serait comme vivre dans un hôtel », les résidents ont décidé d’écrire leurs revendications et de les envoyer, une fois encore, au ministre de l’intérieur, à la préfecture, au commissariat de Reggio Calabria, et aux autorités de la ville de San Ferdinando.

La même détermination leur a permis d’éviter toute instrumentalisation de la part des institutions, syndicats et associations qui leur proposaient la rencontre d’une petite délégation des habitants dans les locaux du pouvoir, pour leur expliquer les termes de l’expulsion… Finalement, les représentants de l’état ont été obligé de tenir la rencontre dans le campement, fortement encadré par les forces de l’ordre. Ici, les habitants n’ont laissé aucune place pour qu’on leur vente les merveilles du nouveau camp. Et malgré la grande diversité des personnes et des situations, ils ont parlé d’une voix unie et ont affirmé qu’ils ne voulaient pas être transférés : «  Nous ne sommes pas des enfants ! Nous ne voulons pas être contrôlés dans nos vies ! » Ils ont réaffirmé, comme ils l’avaient déjà fait auparavant, que leur besoin sont différents. Ils veulent des papiers pour pouvoir choisir où vivre, ils ne veulent pas être prisonniers dans l’attente sans fin d’un permis de séjour. Ils veulent travailler de manière légale, à la campagne où ailleurs, et être assurés de recevoir un salaire. Pour résumer, ils veulent reprendre le contrôle de leur vie, sans être condamnés à l’exploitation et à l’isolement. Et ce nouveau camp tenu par l’état, avec ses systèmes de contrôle avancés (caméras, badge d’identification, système de reconnaissance tactile et signalement photo…) n’est définitivement pas la bonne solution.

Le nouveau camp officiel.

Le plan du campement.

Le dispositif d’accès au camp, avec badge et relevé d’empreintes digitales.

La préfecture et les forces de police ont pour la première fois clairement entendu le refus unanime des habitants et leur volonté de résister à l’expulsion, démontrant que l’unité dans la lutte peut changer le cours des choses. Maintenant, comment l’état va t-il opérer ? Quelles modalités va t-il mettre en place pour réaliser son projet ? sachant que durant la conférence le préfet a assuré que l’usage de la force ne serait pas utilisé pour évacuer les habitants. Vont-ils adopter les même manières brutales que lors de l’expulsion du ghetto de Rignano durant laquelle Mamadou et Noumou ont trouvé la mort ?

Nous sommes dans l’attente de voir ce qu’il va ce passer, aux côtés des habitants de San Ferdinando qui ont choisi de résister à la violence mise en place par l’état.

Ci-dessous le communiqué d’appel à soutien des habitants de San Ferdinando : 

A TOUTES LES PERSONNES EXPLOITÉES ET ENRAGÉES: LE 18 AOÛT TOUS ET TOUTES A SAN FERDINANDO CONTRE L’EXPULSION DU CAMP!

Nous sommes les habitants du camp de San Ferdinando (Reggio Calabria) et nous voulons faire un appel à tous les italiens. C’est un cri de rage et de douleur contre un autre violence de l’État et des institutions contre nous!

Ça fais plusieurs années que nous levons la tête pour demander ce qu’il nous est dû, comme chacun de vous fait chaque jour. Mais la seule réponse que nous avons eu à ce jour a été la violence, le contrôle et l’isolement dans des baraques et des tentes.

En fait ici à San Ferdinando l’état pour la troisième fois a construit une nouvelle ville de tentes du coût (initial) de 625.000 € !!!! Les autorités prévoient de dépenser plus de 400.000 euros par an pour la gestion !!!! Mais cet argent pourrait être utilisé d’une manière différente, pour tous ceux qui vivent dans cette région, les immigrants et les italiens! Au contraire, l’Etat a préféré les destiner pour un seul objectif: enfermer 550 personnes dans une prison!

Nous ne voulons pas vivre dans des camps, contrôlés par des caméras, avec un système d’identification à l’entrée et avec des horaires pour la rentrée et la sortie. De plus, nous ne pourrons même pas cuisiner ou décider quand, comment et quoi manger, parce que à l’intérieur du camp on sera forcés de payer 1,50 € pour chaque repas!

On est fatigués et enragés parce-que l’on ne nous écoute pas et on ne reçoit que de la violence, du racisme et du silence ! Ici l’état, le 9 juin 2016 a tué notre frère, Sekine Traoré, et maintenant si on ne bouge pas qu’est-ce qu’ils vont faire ? Est-ce que ils vont nous tuer parce-que nous refusons d’aller vivre dans une nouvelle prison ?

Le 18 août prochain commencera l’évacuation du camp où on habite, on sait très bien que c’est une place horrible, et qu’on va nous déporter dans le nouveau camp. Mais si on ne trouve pas des solutions réelles, nos demandes ne seront pas écoutées et on ne bougera pas d’ici!

Avec cet appel on vous demande de nous rejoindre ici à San Ferdinando, pour nous soutenir et résister ensemble!

Les habitant(e)s du camp de San Ferdinando.

D’autres infos sur le Ghetto de Rosarna (San Ferdinando) – en italien, et sur la situation des migrants en Calabre.

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