[Foggia, Italie] “Pour Noël, on ne demande rien, on prend la rue !”

Les travailleurs agricoles immigrés en grève bloquent un port et une zone industrielle. Rond-points, blocages, grève…en Italie aussi ! Vendredi 6 décembre, une double action de blocage et de grève dans deux régions d’Italie a été organisée par les travailleurs migrants du Comitato Lavoratori delle Campagne. (Texte et traduction en français repris à partir d’ici)

À Foggia, dans les Pouilles, les travailleur.e.s migrant.e.s ont bloqué le rond-point qui donne accès au centre commercial le plus grand de la région, le GrandApulia : pas de shopping de Noel ce jour-là ! Iels ont également bloqué l’accès à la zone industrielle de Foggia : là-bas, on trouve les usines de transformation de la tomate, le produit récolté par ces travailleurs-ses dans des conditions d’extrême exploitation, mais aussi Leonardo Spa, entreprise qui produit et exporte partout dans le monde ces mêmes armes qui causent mort et destruction, et qui forcent les immigré.e.s à abandonner leurs pays.

Simultanément à Rosarno (Calabre), les travailleur.e.s des campagnes ont bloqué l’accès au port de Gioia Tauro, un des plus grand port de transbordement d’Europe, où les flux de marchandises ont été interrompus pendant plus de 5 heures.

Malgré les agressions racistes (un copain renversé par une voiture pendant le blocage du port de Gioia Tauro, amené de suite à l’hôpital) et la violente répression policière (une arrestation très musclée à la suite d’une charge devant le centre commercial bloqué), la détermination des travailleurs-ses de l’agro-industrie n’a pas faibli.

Leurs revendications sont très claires : l’abrogation des dernières lois sur l’immigration et sur la sécurité, la régularisation pour toutes les personnes sans-papiers, la fin de l’exploitation des travailleur.e.s immigré.e.s, la suppression des dispositifs d’accueil, détention et déportation actuels (camps de toute nature, centres d’hébergement ou de détention). Le bilan de la journée, avec quatre personnes dénoncées dont le copain renversé devant le port et le copain arrêté et tabassé par la police lors du blocage du rond point, montre que la lutte ne peut pas s’arrêter.

Alors que les blocages s’amplifient en France, il est nécessaire de continuer à s’organiser collectivement, en Italie comme ici, de façon autonome et solidaire contre et au-delà des États, de leurs politiques répressives et du régime des frontières !

Pour plus d’infos (en italien surtout) : campagneinlotta.org

Ci-dessous, le tract qui a été diffusé pendant la journée de lutte de vendredi :

« POUR NOËL ON DEMANDE RIEN, ON PREND LA RUE ! ASSEZ DE LA SÉGRÉGATION, DE LA VIOLENCE ET DE L’EXPLOITATION : DES PAPIERS POUR TOU.TE.S !

Noël, les vacances et les bonnes intentions approchent…. et aujourd’hui, 6 décembre 2019, nous ouvrons la saison de Noël en vous rappelant ce qui se passe dans les campagnes italiennes. Aujourd’hui, on bloque.

Nous avons décidé de nous organiser et de faire grève une fois de plus, et aujourd’hui nous descendons dans la rue ensemble et uni.e.s, Italien.e.s et immigré.e.s, pour répondre à la répression, aux expulsions et aux lois qui nous rendent toujours plus contrôlé.e.s et exploité.e.s.

Nous faisons ça simultanément, de la province de Foggia à la plaine de Gioia Tauro, deux territoires où beaucoup parmi nous, travailleurs et travailleuses des campagnes, vivent et où trop d’entre nous sont morts ces dernières années, à cause de la violence des lois qui nous veulent ségrégué.e.s, pauvres et silencieux.

C’est pourquoi aujourd’hui nous avons décidé de bloquer certains des nœuds les plus importants d’une chaîne d’exploitation qui, des zones agro-industriels aux centres commerciaux de consommation, pousse beaucoup de travailleurs-ses comme nous, Italien.ne.s et immigré.e.s, dans un tourbillon de précarité et de chantage.

Il y a quelques jours à peine, l’énième incendie dans l’ancien Grand Ghetto de Rignano, dans la province de Foggia (un énorme bidonville en zone rurale, où les travailleurs-ses agricoles habitent), a détruit les maisons de nombreuses personnes et, une fois de plus, le gouvernement a réagi avec une mesure “d’urgence” : un camp de tentes. A Foggia, comme à
Rosarno (en Calabre), la seule solution de logement pour ceux et celles qui travaillent dans le pays sont les tentes ou la rue, alors qu’à Rosarno il y a des maisons vides, construites avec des fonds européens et destinées aux travailleurs saisonniers.

Nous sommes fatigué.e.s de le répéter : nous ne pouvons plus accepter le business énorme qui fait de la thune grâce au confinement et au contrôle des immigré.e.s, dans les camps de containers, dans les camps de tentes et dans les centres d’hébergement. Nous sommes des travailleurs-ses et nous avons le droit de vivre dans des maisons, d’avoir des loyers réguliers et un domicile reconnu !

Alors aujourd’hui on s’adresse notamment au ministère de l’intérieur, responsable des lois qui rendent nos vie de plus en plus précaires et exploitables. À ce jour, en plus d’être quasiment impossible arriver en Italie de manière régulière, il est de plus en plus compliqué de renouveler son titre de séjour. Avec la mise en œuvre de la loi Salvini, beaucoup de gens ont été mis.e.s en condition irrégulière. Beaucoup qui avant, bien qu’avec des grandes difficultés, arrivaient à vivre et travailler régulièrement avec un titre de séjour de type « humanitaire ».
Les préfectures et les commissions territoriales d’asile nous ont dit clairement qu’elles ne peuvent rien faire à cause de la loi ; voilà pourquoi aujourd’hui on se sert de notre force pour parler directement avec le gouvernement.

Ces derniers temps on a parlé de réformer les dernières lois Salvini : nous pensons qu’aucune réforme ne peut réellement changer la situation. Nous exigeons donc la régularisation pour tous et toutes, à travers : l’abrogation totale des lois Salvini ; la réintroduction du titre de séjour humanitaire ; des visas pour le travail et la régularisation massive ; la possibilité de renouveler le titre de séjour et accéder aux services fondamentaux même sans avoir un domicile permanente. Pour cela, nous avons préparé une plateforme de revendications, pour avancer des propositions concrètes en ce qui concerne les lois d’immigration.

Bien conscient.e.s d’être le maillon le plus exploité de la chaîne, nous savons aussi bien que nous en sommes l’engrenage principale. Si nous nous arrêtons, tout le système s’arrête. Sans notre main d’œuvre, d’où peut-on extraire du profit ?

Nous voulons les papiers et, comme on dit depuis des années, des vraies maisons pour tous et toutes, la liberté de circulation et la fin de toute politique et dispositif de contrôle et détention.

Aujourd’hui, des Pouilles à la Calabre, nous voulons être écouté.e.s et élargir à tout le pays notre front de lutte : tant que nous n’aurons pas de réponse, nous bloquons Noël.

Uni.e.s contre discrimination, frontières et exploitation ! Pour Noël on ne demande rien, on prend la rue !

Comitato lavoratori delle campagne »

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