CAOMIE de Monoblet, quelques informations et considérations…

Voici quelques informations sur la situation au Centre d’accueil et d’orientation pour mineurs de Monoblet dans les Cévennes.
Partant d’un communiqué du responsable de la structure en charge du centre transmis à divers acteurs associatifs et personnes bénévoles concernées par l’aide aux personnes sans papiers, nous souhaitons apporter quelques considérations et questionnements sur ce que nous percevons comme des limites concrètes rencontrées au sein de ce dispositif national mis en place dans les conditions que chacun connait, mais également pointer des contradictions plus générales liées au positionnement de certains acteurs se disant vouloir venir en aide aux réfugiés à l’intérieur d’un cadre institutionnel.

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Voici ci dessous des informations qui ont été communiquées par le directeur de la Clède, organisme en charge de l’accueil de 29 mineurs étrangers dans le centre de Monoblet (Cévennes) :

[…] “Le projet de ces jeunes est de rejoindre l’Angleterre, aussi, les services anglais sont sur place pour étudier les regroupements familiaux possibles.

Un délai d’environ 3 à 4 semaines est nécessaire au traitement de ces demandes.

Ensuite il y a 2 cas de figures : 1) Si la possibilité d’un regroupement familial en Angleterre est accepté par les Institutions de ce pays, les jeunes concernés seront acheminés vers leur lieu de destination anglaise.

2) Si leur demande de regroupement n’est pas accepté a) Si le jeune le souhaite, il peut constituer une demande d’asile en France; dans ce cas, soit il est mineur et  le dossier sera renvoyé vers la plateforme nationale qui réorientera vers un conseil départemental du territoire national (en effet les mineurs étrangers ou pas relève en France de la compétences des conseils départementaux) b) Si un doute persiste quant à l’âge, un test osseux sera donc diligenté pour vérifier, si le test confirme la minorité c’est le cas/_a_/ qui s’applique. Si la minorité n’est pas reconnue alors la personne passera par un centre d’accueil pour adulte et pourra constituer un dossier d’asile mais ayant dans un premier temps triché sur l’âge, le dossier risque d’être mal engagé.

Il n’est pas exclu que quelle que soit la situation et l’âge, les personnes quittent le centre d’accueil pour regagner malgré tout l’Angleterre………

Mais il est aussi possible que certains souhaitent rester dans la région, surtout pour les adultes dans ce cas, nous ferons appel à vous.

Dans la situation actuelle la gestion de mineurs par la Clède implique des responsabilités élargies bien différents de celles de l’accueil de majeur.

Nous savons votre mobilisation et le cœur que vous mettez à aider ces personnes majeures ou pas mais à Monoblet ce sont des jeunes mineurs qui ont été accueillis et c’est à la Clède  qu’ incombe la protection de ceux-ci, aussi nous vous demandons de ne pas vous présenter à votre propre initiative sur le site sans une autorisation de l’association et/ou sans l’accord du permanent de service.

Nous  vous remercions pour votre compréhension et votre solidarité ”

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D’après les informations communiquées ci-dessus, nous comprenons donc que :

1. La logique d’isolement va continuer et les mineurs vont rester dans le doute encore un bon moment en attendant le traitement de leur dossier par les services anglais, et rien ne se passera d’ici là.

2. La logique de tri est toujours présente afin de limiter au maximum le nombre de demandes de regroupement en Angleterre. Pour cela, le premier critère est celui de l’âge. Les services anglais venus sur place (qui ne sont en réalité restés qu’une journée dans le centre) suspectent d’ores et déjà la présence de majeurs, les entretiens ont pu leur permettre de se faire un premier avis (de quelle manière ???), et des solutions sont déjà prévues pour la suite (tests osseux, reconduite dans un centre pour adulte). D’autres méthodes de renseignements « fiables » leur ont permis par exemple de déterminer la véracité des propos des mineurs, comme regarder sur le téléphone de l’un d’entre eux la liste de ses contacts pour voir si les noms avaient plus une consonance « moyen-orientale » ou « anglaise »…

3. Les services de l’aide sociale à l’enfance prise en charge par les conseils départementaux semblent être soumis à la condition d’une demande d’asile alors qu’ils sont un droit, pour tous. La prise en charge et l’accompagnement par ces services auraient déjà depuis longtemps du être effectué1. Que se passera t-il pour les personnes qui ne souhaiterons pas déposer une demande d’asile ou si celle-ci échoue, comme en moyenne 80 % des demandes en France ? Les fera t-on attendre encore dans un autre centre le temps qu’ils deviennent majeurs et expulsables ? Les remettra t-on gentiment à la rue, un billet de train pour Paris en poche ?

4. En plus de l’isolement géographique du centre (à 5 km des premiers villages dans les collines et en zone blanche donc quasiment sans réseaux téléphoniques), l’organisme en charge des mineurs pose des distances avec toute aide extérieure, ou en tout cas fera appel à elle selon ses besoins et ses conditions. Si l’accueil de mineurs « implique des responsabilités élargies bien différentes de celles de l’accueil des majeurs », nous aimerions savoir quelles sont-elles et en quoi justifient-elles cet isolement ? Le nombre de visiteurs était déjà limité depuis l’ouverture du centre, seuls des cours de français sont mis en place (en plus du poste de télévision) et les jeunes commencent à trouver le temps long. En invitant les personnes à ne pas se présenter de par leur propre initiative, et que peu ou pas de dynamiques collectives semblent se profiler, il est à craindre que les activités et les contacts avec l’extérieur demeurent quasi nuls. Cela étant, des propositions d’activités ont reçu un bon accueil des travailleurs sociaux. Il semble toutefois compliqué d’organiser des activités avec les jeunes à l’extérieur, même si ceux-ci sont sensés être libres de leurs mouvements. Là ou l’Etat a reparti plus de 1800 mineurs dans la plus grande illégalité et dans la hâte à travers toute le pays, une poignée de bénévoles souhaitant changer les idées pour quelques heures à des mineurs ayant déjà subit maintes souffrances à travers leur long périple se le verrait « interdire » ???

5. Comme indiqué, il est clair que l’on peut s’attendre à ce que les personnes refoulées par les services anglais persistent dans leur volonté d’aller en Angleterre. Il est donc certain que des personnes partent d’ici quelques semaines par leur propres moyens, dès lors qu’elles apprendront le refus de leur regroupement familial, et après avoir passé plus d’un mois à ne rien faire. L’hiver sera à ce moment là bien présent et la « protection » des personnes vulnérables n’aura donc été que de courte durée… Mais alors que les questions de « mise à l’abri » ne sont posées qu’en des termes juridiques et institutionnels, quelles solidarités concrètes respectant le vouloir des personnes concernées peuvent être organisées tout en dépassant les cadres imposés par l’Etat ou des organismes participants à sa politique de gestion migratoire ?

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Si la bonne volonté des travailleurs sociaux présents sur place et des dirigeants de la Clède n’est certainement pas à mettre en doute, nous ne pouvons nous empêcher de placer dans le contexte local de l’accueil des données plus générales, celles qui nous permettent d’émettre des questionnements quant à la finalité et à la mise en œuvre d’une telle opération.

Que se soit pour l’accompagnement de mineurs ou de majeurs, la politique d’accueil reste la même en Europe et se base sur des critères simples, à savoir : l’isolement, le tri et les expulsions. Nous n’oublions pas que de très nombreux demandeurs d’asiles sont à la rue depuis de longs mois, voire des années (30000 places en CADA en 2015 pour 70000 demandes environ), certains revendiquent d’ailleurs publiquement un toit avant l’hiver2 ; que de très nombreux mineurs ne sont pas pris en charge dans certains départements, certains se mettent d’ailleurs en grève de la faim pour qu’on les écoute3 ; et que les expulsions, légales ou non, de mineurs notamment, sont quotidiennes et représentent pour certaines destinations des risques graves pour ces personnes4. Mais celles-ci ne sont plus là pour en parler. Cette politique menée par les états est donc responsable de la souffrance et de la mort de milliers de personnes, et les premiers concernés en sont bien conscients, n’oublions pas que se sont eux qui ont passé les frégates militaires, les postes douaniers, et ont échappé aux nombreux contrôles de « représentants » en uniformes.

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Aussi, nous voyons dans la mise en place des CAO la même logique d’infantilisation et d’autoritarisme déjà palpable dans les programmes d’aide humanitaire ou d’accueil citoyen. Les premiers concernés sont systématiquement mis à l’écart des prises de décisions qui les concernent pourtant directement. Des personnes, collectifs ou organismes décident de ce qui est bon ou non pour leurs « protégés », sans bien souvent jamais leur poser la moindre question, ou leur laisser le moindre choix. Des réglementations apparaissent très rapidement dans des lieux d’accueil sous couvert d’apporter « une mise à l’abri », une « déontologie » ou un respect de la légalité et des institutions car « nous » savons évidemment mieux qu’« eux » ce qui leur est profitable, et ce qu’« ils » doivent respecter. Ce positionnement limite de fait bien des possibilités et place toute action de soutien dans un cadre condamnant à rester dans le sillage institutionnel, ce qui de plus ne semble d’ailleurs pas éveiller chez certains des contradictions pourtant évidentes.

L’exemple criant de la mise en place d’une charte écrite (voir ici) par et destinée aux bénévoles du centre d’accueil pour majeurs de Guillestre dans les Hautes-alpes montre des limites à dépasser. Chaque bénévole s’engage en effet à ne pas donner le moindre conseil juridique ou médical (seules les personnes habilitées pourront s’en charger), ne pas poser de question quant au parcours des personnes (afin de réserver la primauté de leur récit aux inspecteurs chargés des dossiers), doivent se tenir à la plus grande confidentialité (donc que tout ce qui se passe dans le centre doit être tenu secret), rester neutre face aux décisions de l’Etat (donc s’en tenir bien sagement à son rôle d’auxiliaire et ne pas intervenir). Des associations telle France Terre d’Asile, en charge notamment de la gestion de ce centre, s’assurent une main mise sur le fonctionnement des CAO et sur leurs bénévoles, assurant ainsi pleinement les missions que leur a confiées l’Etat5.

Les centres d’accueil et d’orientation sont des voies de garage mises en place par l’Etat. Ils n’apporteront aucune solution sur le long terme et n’ont d’ailleurs qu’une durée de vie programmée de quelques mois. Si toutefois une poignée de personnes réussissent à rejoindre légalement l’Angleterre par ce biais, l’immense majorité restera sur le carreau et sera re-ballottée, invisibilisée et donc livrée à elle même, quant elle ne sera pas expulsée. De nombreuses questions se posent donc maintenant, notamment comment maintenir (ou créer) des liens qui avaient été auparavant établis à Calais et ailleurs, comment se saisir des orientations qui vont être prises d’ici quelques semaines afin de pouvoir y remédier, comment amener un débat critique de ce système basé sur l’exploitation et la domination, et au final, comment développer des stratégies efficaces de luttes. Les CAO sont répartis sur tout le territoire, à chacun donc d’apporter des réponses…

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1 La circulaire organisant le dispositif prévoie une dérogation et précise que le droit commun, qui est le simple respect de la loi, est malvenu : « L’isolement de la minorité et de l’isolement en vue de l’intégration dans le dispositif de droit commun de protection de l’enfance se mettra en place dès lors que l’option d’accueil par le Royaume-uni aura été définitivement écartée. Dans ces conditions, il n’est pas utile ou pertinent que le conseil départemental ou l’association désignée commence l’évaluation des mineurs dès leur arrivée. » Plus d’info ici : https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2016/11/18/cao-mineurs-la-circulaire-qui-organise-le-non-droit/

2 Comme à Marseille ou une cinquantaine de demandeurs d’asile sans logement manifestent depuis des jours devant les bureaux de l’Ofii pour obtenir un toit. Voir : https://mars-infos.org/la-mobilisation-de-demandeurs-d-1859 

3 Comme dans le CAOMIE de Talence près de Bordeaux ou trois jeunes afghans de 16 ans ont eu recours à ce procédé afin de trouver par eux-même une issue à leur avenir. Voir (en Anglais) : https://www.theguardian.com/uk-news/2016/nov/14/afghan-children-hunger-strike-france-in-bid-to-rejoin-families-in-uk 

4 Les reconduites illégales de mineurs interceptés une fois passé la frontière Italienne dans la vallée de la Roya ou les expulsions directes de pays d’Europe dans d’autres pays comme le Soudan en sont des exemples.

5 L’association France Terre d’Asile était notamment présente aux côtés des officiels lors du démantèlement de la jungle de Calais. Un premier tri des mineurs au faciès avait lieu, puis était confirmé par un entretien de moins de cinq effectué par un salarié de FTA et un officiel Britannique pour confirmer la minorité, et orienter.

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