Cantine Sans Frontières – Samedi 29 juin : Repas Algérien + discussion sur le hirak

Au menu de la cantine ce mois-ci, repas algérien, avec :

. Tajine de poulet aux olives
. Gâteau Rechponda (à la noix de coco)
. Salade & Thé à la menthe

Ce moment de solidarité et d’entraide sera suivi d’une discussion sur la situation du hirak (soulèvement populaire) avec des camarades algériens.

Nous rappelons que l’argent récolté lors des Cantines sans frontières est destiné à être reversé à des personnes ne bénéficiant, pour la très grande majorité et du fait de leur situation administrative irrégulière, ni de la possibilité de travailler légalement, ni de celle de percevoir une quelconque aide sociale. Cela signifie dans le monde capitalisé que nous connaissons toutes et tous rencontrer de très grandes difficultés pour se loger, se nourrir où acheter n’importe quel bien de consommation de la vie courante. Les Cantines sans frontières sont un moyen de s’en sortir collectivement et sont organisées avec les personnes concernées. Elles sont aussi un moment de rencontre, d’échange et de convivialité.

Les Cantines sans frontières sont organisées tous les derniers samedis du mois, le repas est à prix libre.

Rendez-vous le Samedi 29 juin à 12h30 à la Rétive (42 rue du Faubourg d’Auvergne) à Alès !!

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Soutien à Pia Klemp et au Sea Watch !

Pia Klemp risque jusqu’à 20 ans de prison en Italie pour avoir sauvé des milliers de personnes en mer. Ci-dessous un article publié sur Marseille Infos Autonomes.

Pia Klemp, l’ancienne capitaine allemande des navires de sauvetage de migrants Iuventa, puis Sea Watch-3, est accusée par la justice italienne de “suspicion d’aide et de complicité à l’immigration illégale”. Alors que son procès a lieu en ce moment en Italie, se pose la question de la judiciarisation du sauvetage des migrants.

D’après les dossiers auxquels Pia Klemp a eu accès par son avocat, ce sont au moins quatre autorités d’enquête italiennes différentes qui ont travaillé contre elle et son équipage, dont les services secrets italiens. Le plus inquiétant reste que son navire a été mis sur écoute, tout comme les téléphones et les ordinateurs portables de l’équipage, le tout doublé d’une surveillance opérée par des informateurs présents sur d’autres navires. Le gouvernement ayant autorisé ces surveillances est celui de Paolo Gentiloni, le successeur de Matteo Renzi du Parti démocrate, deux ans avant l’arrivée au pouvoir de l’alliance entre la Ligue et le parti 5 étoiles.

L’enquête qui a mené au procès actuel doit donc déterminer si la capitaine Pia Klemp aurait “collaboré” avec des passeurs libyens afin de sauver les migrants perdus en mer grâce à son bateau : cette “complicité”, si elle était démontrée par la justice italienne, transformerait le statut de l’ex-capitaine du Sea Watch “d’humanitaire sauveteuse de milliers de personnes en mer” à “complice d’immigration illégale”. L’avocat italien de Pia Klemp a prévenu sa cliente qu’elle risquait 20 ans de prison.

Ce procès est la continuation d’une politique italienne tendant à criminaliser les sauvetages de migrants par les ONG au large de la Libye, en les accusant de complicité avec les passeurs et dont Pia Klemp fait les frais aujourd’hui.

La dernière opération du Sea Watch-3 a permis de sauver 67 migrants en détresse, ramenés par le navire sur l’île de Lampedusa, contournant ainsi la politique de Matteo Salvini de “fermeture des ports”. Le ministre de l’Intérieur italien n’a d’ailleurs pas mâché ses mots sur cette opération au moment du débarquement des migrants, après avoir demandé la saisie du navire et l’arrestation du capitaine :

Salvini : “Un navire a été saisi, alors j’avais peut-être raison. Ils ont aidé des trafiquants d’êtres humains et j’espère que le capitaine de ce navire sera arrêté.”

Les propos de Matteo Salvini souhaitant l’arrestation du capitaine du Sea Watch-3, font écho à ceux sur la complicité des ONG avec les passeurs “dans certains cas” de Christophe Castaner qui avaient fait polémique en France.

La bataille judiciaire à l’encontre de Pia Klemp est parallèle au changement de politique européenne face au drame des traversées clandestines de Libye vers l’Italie, faites d’embarcations pleines à craquer de femmes, d’enfants et d’hommes en détresse. Désormais le Conseil de l’Europe prône une collaboration avec les autorités libyennes. L’Union européenne a annoncé il y a trois mois qu’elle mènerait désormais l’opération navale “Sophia” (EUNAVFOR Med, lancée en 2015)… sans navires et qu’elle “n’observerait la mer que depuis les airs”. L’Allemagne a d’ailleurs stoppé la mise à disposition de navires pour cette opération.

L’objectif affiché de l’UE en 2019 est de “démanteler le modèle économique des passeurs et des trafiquants d’êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale.
Aujourd’hui, les gardes-côtes libyens patrouillent donc en Méditerranée et ramènent les bateaux de migrants en Libye, soutenus dans cette action par l’opération “Sophia”.

S”il est en effet avéré que s’il y a moins de traversées depuis la mise en place de cette nouvelle politique de retour en Libye, les agressions brutales, la torture et les violences sexuelles contre les migrants ont augmenté dans une proportion dramatique dans ce pays, comme le souligne une étude publiée par une ONG basée à New York, la Women’s Refugee Commission (WRC, Commission des femmes réfugiées).

Contre les politiques européennes criminelles en Méditerranée, en Libye et aux frontières que ces États ont externalisées en Afrique et au Moyen Orient, Turquie etc…!
Contre les États européens criminels, mobilisons nous du côté des exilé.es !
Soutenons la capitaine Pia Klemp face au gouvernement italien !

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Samedi 22 juin : appel national contre l’enfermement des étrangers

Une journée nationale de lutte contre l’enfermement des étrangers est appelée samedi 22 juin. Des manifestations et rassemblements devant les centres de rétention (CRA) sont déjà annoncés à Rennes, Paris, Marseille, Sète… Contre les rafles et les expulsions !! Contre les frontières et les prisons !!

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Rdv sous les fenêtres du CRA de Sète, samedi 22 juin à 13h

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[Marseille] Samedi 15 juin 13h30 : Manif de soutien à la révolution Soudanaise (+ quelques articles)

Ci dessous, l’appel au rassemblement des révolutionnaires Soudanais.es à Marseille, et quelques liens vers des articles revenant sur la situation actuelle du pays, et notamment sur le soutien de l’Union européenne au régime de Khartoum au travers des financements importants destinés au contrôle des migrations.


SAMEDI 13H30 MARSEILLE / PORTE D’AIX :
RASSEMBLEMENT DES RÉVOLUTIONNAIRES SOUDANAIS.ES À MARSEILLE POUR
DÉNONCER LES CRIMES DE LA JUNTE MILITAIRE À KHARTOUM ET AU DARFOUR.

Appel à votre soutien/solidarité !!! Soyons au RDV !

Des centaines de personnes sont victimes des milices de Hemmeti depuis la contre-révolution réactionnaire du 3 juin. Ce criminel de guerre a échappé à tout mandat d’arrestation pour ses crimes contre l’humanité depuis 20 ans au Darfour (massacres et viols de masse). Au contraire, il est toujours soutenu par l’Arabie Saoudite, dont il est l’allié dans la guerre au Yémen, et par l’Egypte, qui réprime les opposants à la dictature et veut entraver la contagion de liberté. Mais aussi par l’Union européenne, qui le finance et l’arme en échange du contrôle des frontières soudano-libyennes et la traque des réfugié.es!

AVEC NOS CAMARADES SOUDANAIS EN EXIL, DÉNONÇONS LA COMPLICITÉ DES ÉTATS DANS LA RÉPRESSION EN COURS !

Solidarité internationale et révolutionnaire !

Faites tourner à vos réseaux, ami.es et contacts presse ….


A lire pour plus d’infos :

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Expulsion, rafle, enfermement et dispersion des exilé.es à Lille

On transmet des infos reçues sur l’expulsion massive et brutale du squat “le 5 étoiles” à Lille la semaine dernière, interpellations, gardes à vue, mises en centre de rétention, ou procès d’intimidation pour les soutiens.


Mardi 04/06/2019, nous, exilé.es et soutiens lillois, avons subi une répression sans précédent (du moins à Lille).

     * 178 personnes exilées expulsées du lieu où elles vivaient, puis raflées, dispersées et isolées dont une cinquantaine enfermées en centres de rétention administrative

* 16 soutiens placés 36h en garde-à-vue après des interpellations très violentes (procès des 16 le 16/01/2020).

En suivant ce lien, vous pourrez écouter une émission de radio réalisée avec les premiers concernés, et ci-dessous, vous trouverez un texte qui revient sur l’expulsion et ses conséquences :

EXPULSION ET RAFLE

Le 5 étoiles était un lieu occupé depuis novembre 2017 par des personnes exilées, majeures et mineures ainsi que des personnes sans abri dans le quartier de Moulins à Lille. Depuis plusieurs mois, une procédure est en cours pour exiger qu’il n’y ait pas d’expulsion sans réelle solution d’hébergement. Alors le tribunal a légalisé le 5 étoiles pour 3 ans jeudi 6 juin, le préfet, sous l’éternel prétexte de « mise à l’abri », en a ordonné l’expulsion deux jours avant. Mardi 4 juin, dès 5h45, une quarantaine de fourgons chargés de quelques 200 CRS débarquent. Le quartier est totalement bouclé par des flics agressifs, armés et casqués. Une dizaine de bus aux vitres teintées attendent dans la rue. A 6h du mat’ l’ordre est donné d’attaquer. La charge est violente. Une partie des soutiens se poste devant l’entrée, mais sont très rapidement dégagés sans ménagement. A l’intérieur, les habitant.es et des soutiens s’organisent pour retarder l’expulsion en bloquant la grille avec les moyens du bord. Les flics gazent à tout va, scient les cadenas et forcent l’entrée. Ils en profitent pour nasser les personnes regroupées à l’intérieur et commencent le tri. D’abord les personnes venues en soutien sont injuriées, traînées, molestées, puis extirpées du lieu. Elles sont contrôlées, prises en photos et 16 personnes sont emmené.es pour une garde à vue qui durera 36 heures (procès le 16 janvier 2020 au tribunal de grande instance de Lille). Une fois le tri achevé, 178 personnes, parce que perçues “noires donc exilées” par les flics, sont forcés de monter dans des bus dont ils ignorent la destination.

ENFERMEMENT

Lors de l’expulsion, les policiers avaient promis d’héberger tout le monde. Mais pour une bonne partie, cette promesse s’est finalement transformée en enfermement dans les centres de rétention (CRA) de Coquelles, Metz, Lesquin et Mesnil Amelot. Les passages devant le juge des libertés et de la détention s’enchaînent et la grande majorité des détentions est prolongée pour une durée de 28 jours en attendant d’organiser les transferts vers les pays où ces personnes ont été dublinées, ou les pays d’origine pour ceux qui ne sont pas demandeurs d’asile. Comme tout enfermement, l’arrivée dans cette prison est très mal vécue par les personnes dont nous avons eu quelques nouvelles. Seule note positive : depuis samedi 8 juin, la cour d’appel de Douai a libéré une dizaines de personnes, jugeant l’expulsion et donc leur enfermement irréguliers.

DISPERSION ET ISOLEMENT

Les mineurs ont été placés dans un foyer à Armentières. La prise en charge risque d’être de courte durée. Selon le résultat de leurs procédures de reconnaissance de minorité, il est possible qu’ils se retrouvent rapidement sans solution. Des majeurs ont également été hébergés en foyer: CADA* de Beauvais, CAO* d’Amiens et CAES* de Croisilles. En contactant les copains et copines du collectif qui sont dans ces lieux, le peu de nouvelles n’est pas réjouissant. Les conditions matérielles sont rudimentaires : des lits de camp sans matelas d’un côté, un seul travailleur social dans un foyer qui est débordé de l’autre. Dans certains lieux, face à l’isolement et en vue des conditions, la majorité des personnes partent. Les autres expriment le même souhait mais hésitent face au risque de perdre leurs droits de demandeurs d’asile : ADA* et possibilité de logement/hébergement. De plus, et malgré la difficulté à estimer un nombre précis, nous savons qu’une trentaine de personnes sont restées sans solution d’hébergement depuis le soir de l’expulsion et de nombreuses personnes continuent de revenir à Lille suite à leur libération des CRA ou pour fuir l’isolement des foyers où ils ont été hébergés et retrouver ami.es, cours de soutien scolaire, avocat.es… bref, toutes ces solidarités qui font que, malgré la volonté du pouvoir de briser nos liens et de nous soumettre, nous sommes ensemble et debout !

LA SOLIDARITÉ RESTE NOTRE ARME !

PERSONNE N’EST ILLÉGAL ! FRANCAIS.ES OU ETRANGER.ES, Y’EN A MARRE DES PAPIERS !

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Mobilisations des travailleur.es précaires et sans papiers contre le groupe Elior !

La mobilisation des travaileur.es précaires et sans papiers s’étend de Paris à Marseille contre le groupe Elior, connu, comme bien d’autres, pour l’exploitation et la précarisation de ses salariés. A Paris, près de 400 sans papiers investissent le siège d’Elior à la Défense pour exiger la régularisation des travailleurs embauchés par le groupe (voir ici pour plus d’infos). A Marseille, les femmes de chambres de l’Hôtel de luxe NH, embauchées par Elior, sont en grève depuis plus de 60 jours pour exiger de meilleurs conditions d’embauche. Et la police comme d’habitude protège les intérêts des exploiteurs. Patrons voyous, on vous retrouvera partout !

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Procès des 31 solidaires pour l’occupation du Presidio de Vintimille

Lundi 17 juin aura lieu la première audience du procès des 31 solidaires pour l’occupation des Balzi Rossi. L’occupation de la frontière de Vintimille durant l’été 2015 a été un moment de lutte fondateur des mobilisations des dernières années contre les frontières et en solidarité avec les personnes en situation de migration. Des mobilisations qui ont donné naissance à des réseaux de solidarité qui perdurent depuis, de part et d’autre de la frontière franco italienne. Rendez-vous devant le tribunal d’Imperia à 10h30 pour les soutenir ! Soyons nombreux.ses !

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Violence cachée dans les Balkans…

Les cas de violences policières à l’encontre des personnes qui tentent de franchir la frontière entre la Bosnie-Herzégovine et la Croatie à Velika Kladuša sont quasi-quotidiennes. Les témoignages rapportés par les collectifs et bénévoles solidaires présents sur place font état de dizaines de cas de personnes qui après leur tentative de passage reviennent avec les bras et les jambes cassés, des contusions d’autres blessures. Ils décrivent tous les mêmes histoires encore et encore… Le mois dernier, Youssef est décédé dans la ville frontalière. Son histoire montre qu’outre la solitude, il y a de surcroît une perpétuelle « violence cachée » aux frontières de l’Union européenne. Une violence souvent invisibilisée, mais pourtant aussi mortelle qu’en mer. Nous proposons la traduction d’un témoignage paru initialement en anglais sur le site Izbjegličke priče.

Youssef (photographié à la radio locale de Velika Kladuša)

Le souvenir de Youssef : à la recherche de la violence cachée le long des frontières extérieures de l’UE

Le corps de Youssef repose maintenant à la morgue de Drmaljevo. La police a enquêté dans une maison abandonnée à Velika Kladuša, où le jeune homme vivait temporairement avec d’autres migrants. […] La police a déclaré qu’il n’y avait aucune trace de violence sur son corps, ajoutant que le décès était survenu pendant le sommeil. (Extraits du groupe Facebook ‘Migranti BiH’ – 20/05/2019).

J’ai rencontré Youssef la première semaine de mon arrivée à Velika Kladuša (Bosnie-Herzégovine). C’était un grand jeune homme d’une vingtaine d’années très maigre, avec des cheveux noirs sombres et des contours doux sur le visage. Je l’ai vu marcher sur la place principale, l’air fatigué et son menton tombait à chaque pas. Lorsque nous avons commencé à parler, il fermait parfois les yeux pendant quelques secondes, mais lorsque je lui touchais l’épaule pour s’assurer qu’il allait bien, il les ouvrit et poursuivit la conversation comme si rien ne s’était passé. Il disait qu’il venait de rentrer de la frontière croate et il m’avait montré des contusions et des égratignures autour du menton, des bras et du ventre.

Après avoir consulté un médecin, nous sommes allés prendre un café. Tirant lentement sur sa cigarette, il a raconté comment les autorités croates l’avaient attrapé et violemment ramené en Bosnie. Un récit que j’entendrais presque quotidiennement pendant les huit mois suivants. Les patrouilles frontalières ont brisé son téléphone, volé son argent, déchiré son passeport, se sont moquées de lui lorsqu’il a demandé l’asile, puis l’ont emmené à la frontière bosniaque, l’ont frappé à plusieurs reprises avec des matraques et lui ont crié de courir en Bosnie.

Plus tard, Youssef a parlé de sa mère, à quel point il l’aimait. Il a demandé s’il pouvait l’appeler depuis mon téléphone. Il a caché ses cigarettes et a déclaré: « Ma mère me voit toujours comme un petit garçon, elle ne sait pas que je fume ». Lorsque la caméra s’est ouverte, sa mère était surprise et heureuse de le voir. Youssef a tenté de lui donner un sourire, mais elle a commencé à pleurer et lui a dit de rentrer à la maison. Il a refusé parce que, comme il l’a dit, il a quitté son pays pour aider sa famille ; ne pas “échouer”. À la fin de l’appel, il a promis à sa mère qu’il allait continuer d’essayer d’atteindre l’Europe.

Youssef m’a alors raconté qu’il était né à Benghazi (Libye), où son père avait été tué pendant la guerre civile. Après la mort de son père, la mère de Youssef l’a emmené dans son pays d’origine, le Maroc, où il travaillait occasionnellement comme serveur, mais avait du mal à trouver un emploi stable. Il jouait au football sans relâche afin d’éviter de penser à une vie qu’il qualifiait de “chômage et de misère”.

Le Maroc, ancienne colonie française et espagnole, a joué son propre rôle dans la richesse actuelle des États européens ; un exploit réalisé grâce aux bas salaires et à l’extraction des ressources du pays, permettant la consommation de produits bon marché en Occident. Youssef voulait subvenir aux besoins de sa famille, pas pour le plaisir, mais pour la survie. Il a déclaré qu’à l’âge de 17 ans, il avait décidé de se rendre en Espagne et de trouver du travail.

Alors que les citoyens européens en vacances ne luttent pas pour entrer légalement au Maroc et arriver au pays en deux heures d’avion, Youssef n’a pas eu de moyens légaux et n’a jamais achevé son voyage après plus de trois ans de tentatives. Il a emprunté 100 euros à un parent et a voyagé en partie avec des passeurs et en partie seul à travers la Turquie, la Grèce, la Macédoine, le Monténégro, le Kosovo, la Serbie, puis la Bosnie, dans l’espoir de traverser la Croatie, la Slovénie, l’Italie et ensuite l’Espagne en bus .

Dans les mois qui ont suivi la rencontre de Youssef à Velika Kladuša, il m’a parlé de ses 16 autres “jeux” infructueux1 ; tentatives de franchissement de la frontière. Ses “jeux” l’ont toujours laissé avec plus de marques de violence, l’obligeant à revenir vivre dans les rues et dans différentes maisons abandonnées.

Un jour, nous sommes sortis prendre un café dans le même restaurant, comme d’habitude, mais cette fois un serveur nous a arrêté avant de retrouver nos sièges : « Désolé, vous devez partir. Le patron a dit “pas de migrants ici”. » Les mois suivants, nous n’avons même pas essayé d’entrer dans un café ou un restaurant ensemble, car Youssef, comme beaucoup d’autres, craignait la même réaction.

Au fil du temps, j’ai vu le corps de Youssef s’amaigrir. Ses yeux sont devenus larmoyants et fatigués, et sa parole est également devenue plus lente que d’habitude. Il marmonnait de plus en plus. Il m’a dit un jour qu’il utilisait régulièrement le tramadol, un analgésique opioïde, pour oublier la réalité un instant. Au fur et à mesure que son utilisation de la drogue se développait, nous avons commencé à nous voir de moins en moins. Notre dernier contact a eu lieu au début de l’hiver.

La semaine dernière, j’ai appelé une amie qui m’a informé du décès d’un homme à Velika Kladuša. Elle m’a envoyé la photo de Youssef, expliquant qu’il avait fait une overdose dans un squat. Les amis de Youssef ont déclaré qu’il ressentait une vive douleur dans son corps pendant le jeûne du Ramadan et qu’il avait pris une quantité considérable d’analgésiques qui l’ont tué. La radio et les informations locales ont annoncé que Youssef était décédé des suites de causes naturelles alors que « la police n’a trouvé aucune trace de violence sur son corps ».

Ces derniers jours, je me souvenais de Youssef et traquais la violence quotidienne dans sa vie qui l’avait finalement tué. Peut-être que ces blessures n’étaient pas d’un type visible sur son corps au moment de sa mort, mais leur impact était tout aussi mortel. J’ai compté toutes les souffrances dont il a parlé au cours de nos échanges : “jeux” dangereux qu’il a entrepris en essayant de traverser les routes de transit fermées et les postes-frontières ; refoulements et violences systématiques dans les zones frontalières ; confinement dans les milieux de vie nuisibles des maisons abandonnées et des squats ; et surtout, la crainte de ne pas pouvoir échapper à tout cela.

Des milliers d’autres personnes déplacées qui passent le long de la frontière à Velika Kladuša – survivant, souffrant et parfois même mourant – subissent les mêmes maux. Certains de ces maux sont perpétrés directement lorsqu’un garde-frontière frappe à même la chair avec une matraque et que des ecchymoses ou des saignements sont visibles. La plupart de ces maux, cependant, agissent indirectement. La perte de vie de Youssef nous rappelle à quel point les systèmes frontaliers violents ont conservé la capacité de tuer, bien que sans blessures apparentes.

Kafka, dans son livre “Before the Law” (1915), décrit le récit d’un étranger qui s’approchait de la porte de la Loi et demandait à un gardien d’y pénétrer. Le portier lui refuse l’entrée et dit : “Personne d’autre ne pourrait jamais être admis ici, puisque cette porte a été faite spécialement pour vous.”

L’histoire de Kafka, comme celle de Youssef, se termine par l’homme qui attend à la porte jusqu’à sa mort. Les deux récits montrent à quel point les frontières sont des machines sophistiquées. Les frontières inscrivent les lois sur le corps d’une personne en fonction de la couleur de sa peau et de son lieu de naissance, puis les empêchent de chercher protection, les enfermant dans les environnements dangereux des zones de transit.

Il est crucial de retracer les stratégies violentes qui ont entraîné la mort de personnes en déplacement, car l’ignorance ne fait que renforcer le cycle silencieux et invisible des brutalités aux frontières, ce qui entraîne un nombre encore plus élevé de morts. Cet article tente de retracer les souvenirs et les souffrances qui ont précédé le décès d’une jeune personne.

Youssef était un jeune homme magnifique qui aimait sa famille et voulait vivre mieux ; une motivation de base et un souhait pour nous tous. J’espère que les souvenirs de Youssef, que j’ai tenté de restituer dans ce texte, peuvent apporter des réflexions plus fortes sur les frontières que les nouvelles quotidiennes d’un autre migrant mourant sans traces de violences dans les Balkans.

À la mémoire de Youssef Mchichou, né en 1997 en Libye et décédé en 2019 en Bosnie-Herzégovine.

Auteur : Karolína Augustová

RÉFÉRENCES

Kafka, F. ‘Before the Law’, cité dans Le procès. New York : Schocken Books.


1 Où “games” en anglais, terme utilisé par les personnes concernées pour désigner les tentatives de passages clandestins de la frontière (Note des traducteurs).

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Soirée de soutien “D’une immigration à l’autre, raconter la vie dans les mines, et dans l’exil…” à Saint Jean du Gard

Vendredi 14 juin, la compagnie Emeranox viendra présenter son spectacle « Noir comme une présence » à la Maison Mazel de Falguière. A travers chants et représentation théâtrale, l’histoire nous replonge dans la vie des mines, là d’où remonte le charbon, les machines, les hommes et les souvenirs… Un moment pour se rappeler ces milliers de travailleurs venus de toutes régions du pays, mais aussi de Belgique, d’Italie, d’Espagne où d’Algérie, pour alimenter le besoin de main d’œuvre que nécessitait l’expansion minière du bassin Alèsien. Se sont la dureté du travail, les risques d’accidents et les conditions difficiles qui seront racontées bien sûr, mais aussi la fierté du métier, la solidarité, les luttes et les fêtes où tous se retrouvent.

Cette soirée permettra également de nous interroger sur cette immigration passée, arrivée dans la région pour trouver du travail où pour fuir une répression politique, mais aussi de faire le lien avec l’exil d’aujourd’hui. Car si l’industrie minière n’est plus le principal secteur d’embauche, l’exploitation et l’utilisation de main d’œuvre immigrée pour de nombreux travaux difficiles et sous payés restent de mise.

Un repas de soutien clôturera cette soirée, il sera préparé par les familles réfugiées accueillies au village et dont l’argent récolté leur sera reversé. Une occasion de faire revivre le passé par le présent, et de croiser les regards…

“Noir comme une présence” par la compagnie Emeranox
Spectacle suivi d’un repas de soutien préparé par les familles réfugiées accueillies au village – Prix Libre

Vendredi 14 juin – à 18 h – Maison Mazel à Falguière – St Jean du Gard

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