La frontière tue dans les Hautes Alpes…

Les refoulements provoquent des drames, et des morts à la frontière franco/italienne, ci-dessous des liens vers quelques articles…

Depuis 2015 le gouvernement français a rétabli les contrôles aux frontières, suspendant d’une manière dérogatoire qui tend à devenir permanente, l’application de ce qui est la base de l’espace Schengen, au prétexte de menace terroriste mais de manière claire pour durcir sa politique anti-migratoire. Ces contrôles se sont particulièrement développés à la frontière franco-Italienne, du littoral et de la vallée de la Roya en remontant jusqu’à la Savoie, au fur et à mesure que les exilé-e-s empruntaient des routes toujours plus dangereuses par la montagne. La mise sous surveillance policière de la zone frontalière pèse tant sur les exilé-e-s que sur les personnes solidaires.

Lorsqu’une personne est arrêtée sans titre pour entrer sur le territoire et qu’il peut être établi qu’elle vient d’un État voisin, il existe des procédures légales il existe des procédures légales pour l’y renvoyer, accords de réadmission, transfert dans le cadre du règlement Dublin III en cas de demande d’asile. À la frontière italienne, la police française refoule les exilé-e-s en dehors de toute procédure légale, sans considérations liées au droit d’asile, à la minorité, à l’état de santé et à la vulnérabilité des personnes, aux dangers de la montagne… (la suite de l’article ici)

A lire également :

– un récit de la maraude du 10 mars où une personne solidaire s’est vu arrêtée par les forces de l’ordre avec à son bord une femme enceinte sur le point d’accoucher, ses deux enfants et son mari,

– la traduction d’un article italien du 23 mars informant qu’une autre femme enceinte renvoyée en Italie par la gendarmerie française à la frontière de Bardonecchia vient de perdre la vie,

– le communiqué du 24 mars des occupants de l’église de Clavière (Italie) dont une salle est actuellement réquisitionnée depuis jeudi par des personnes tentant de passer la frontière et des solidaires.

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Le mythe des expulsions volontaires – « Retour volontaire et réintégration assistée » depuis la Grèce

Article de Muriel Schweizer et Valeria Hänsel, repris et traduit de l’anglais par nos soins à partir du site d’information harekactgreece.

Le nombre de personnes qui acceptent un retour « volontaire » de la Grèce vers leur pays d’origine avec le programme « Retour volontaire et réintégration assistée » de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) est significativement plus élevé que le nombre d’expulsions vers la Turquie depuis la déclaration UE-Turquie. Qu’advient-il des personnes qui s’inscrivent au programme de retour de l’OIM pendant le processus et après le retour dans leur pays d’origine ? Pourquoi les demandeurs d’asile acceptent-ils de quitter l’Europe ? L’observation de plusieurs cas révèle que de nombreux migrants sont confrontés à la détention et à de graves préjudices pendant et après leur participation au programme de « Retour volontaire et réintégration assistée ».

Protestation contre les politiques de retour volontaire assisté de l’OIM à Mytilène, 3 avril 2017.

Retour « volontaire » dans la théorie – sécurité et dignité

En juin 2016, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Grèce a lancé un programme de « retour volontaire et de réintégration assisté » (Assisted Voluntary Return and Reintegration – AVRR), visant à renvoyer les migrants de Grèce dans leur pays d’origine.

L’OIM facilite le retour des demandeurs d’asile d’Europe vers leur pays d’origine, même s’ils sont toujours en cours de procédure d’asile. L’objectif officiel du programme est de « leur donner la possibilité de retourner dans leur pays d’origine avec sécurité et dignité » selon le rapport annuel 2016/17 de l’OIM Grèce.

Le programme semble fonctionner avec succès : depuis son introduction en Grèce en juin 2016 jusqu’à la fin de décembre 2017 : 9.089 personnes ont été renvoyées de Grèce vers leur pays d’origine par le biais du programme de retour volontaire.

Au cours de la même période, « seulement » environ 2 100 personnes ont été expulsées de force vers la Turquie dans le cadre de l’accord UE-Turquie et de l’accord de réadmission gréco-turc. La majorité des rapatriés sont des citoyens pakistanais, suivis des géorgiens, des irakiens, des bangladais et des iraniens.

L’AVRR est fortement soutenu par l’Union Européenne : 75% du programme est financé par le Fonds Asile, Migration et Intégration de l’Union Européenne (AMIF) et 25% par le Ministère Hellénique de l’Intérieur. La Commission européenne pousse fréquemment à étendre les capacités du programme et à fournir des incitations pour renvoyer plus de personnes dans leur pays d’origine sur une base supposément volontaire.

L’AVRR en pratique – Détention et maltraitance

En réalité, le traitement des personnes participant au programme AVRR est loin de la « sécurité et de la dignité » déclarées. À Lesvos, les rapatriés doivent signer un accord avec l’OIM avant leur retour, déchargeant l’organisation de toute responsabilité, indiquant “qu’en cas de blessure ou de décès pendant et / ou après la […] participation au projet de l’OIM, ni l’OIM, ni aucun autre organisme ou gouvernement participant ne peut en aucune manière être tenu responsable.”

Déclaration de retour volontaire, photographiée par un participant du programme de retour de l’OIM sur Lesvos

Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses personnes soient réellement exposées à une forte violence après avoir décidé de retourner « volontairement » dans leur pays d’origine.

Dans les îles grecques, la majorité des rapatriés sont immédiatement détenus dans des centres de pré-éloignement dans les « hotspots » après avoir signé l’accord de l’OIM. Certains d’entre eux ont déjà été détenus avant d’accepter de revenir « volontairement ».

Après des semaines ou des mois dans la section de la prison, les soi-disant « bénéficiaires » du programme de l’OIM sont transportés sur le continent par ferry, où ils sont à nouveau détenus dans l’une des six prisons avant leur départ (Amygdaleza, Corinth, Drama Paranesti, Orestiada, Tavros Petrou Ralli ou Xanthi). Là encore, ils doivent attendre des semaines ou des mois pour leurs retours. Dans certains cas, leurs téléphones et leurs effets personnels sont confisqués pendant la période de détention.

En détention, les conditions de vie terribles et la brutalité policière ne font pas exception. La Cour européenne des droits de l’homme a qualifié à plusieurs reprises les conditions de détention dans les prisons grecques de traitements dégradants et, malgré les promesses de réforme, des décès se produisent encore dans les prisons d’immigration, par exemple en raison de traitements médicaux refusés.

Le centre de détention avant expulsion du camp de Moria, Lesvos

La cruauté de la pratique de l’AVRR devient évidente dans les expériences individuelles des migrants qui ont participé au programme :

Abdul (nom changé) a été détenu pendant plus de trois mois dans la section de pré-éloignement du camp de Moria sur l’île de Lesvos – seulement basé sur sa nationalité. En tant que citoyen algérien et donc membre d’une nationalité avec un faible taux de reconnaissance pour la protection internationale, il doit suivre une procédure accélérée spéciale avec des chances minimales d’être reconnu. Pour finalement échapper à la situation désespérée dans le centre de détention, Abdul a décidé de participer au programme AVRR. Quelques jours après son inscription au « retour volontaire », la police a fait une descente dans la section de détention. Bien qu’Abdul n’ait commis aucun crime ni enfreint aucune règle, son conteneur a été perquisitionné, il a été sévèrement battu et privé d’accès à une douche, n’a pas été autorisé à changer de vêtements pendant trois jours et son téléphone a été confisqué.

Gabriel (nom changé) avait été bloqué sur l’île de Lesbos pendant six mois. Confronté aux conditions terribles de Lesvos, vivant dans une tente d’été fragile durant l’hiver 2016/17, et affecté par la violence continue dans le camp, il a décidé de retourner « volontairement » dans son pays natal, l’Ethiopie. De retour en Ethiopie, il espérait pouvoir obtenir un visa pour poursuivre ses études d’ingénieur aux Etats-Unis. Pris au piège à Lesvos, il n’a pas pu accéder à l’ambassade américaine située à Athènes.

Quelques semaines après avoir accepté le retour volontaire, Gabriel fut soudainement arrêté. Il a rapporté : « La police m’a arrêté moi et un autre groupe d’hommes. Après un moment, ils nous ont attachés ensemble et nous ont mis sur un ferry. Nous étions tous des « retours volontaires », mais ils nous traitaient comme des voleurs. Pendant le voyage, ils ont refusé de nous donner de la nourriture. […] Nous n’avions même pas le droit de nous asseoir seuls sur les toilettes, si quelqu’un devait aller aux toilettes, l’autre gars qui était attaché à lui devait aussi entrer aux toilettes et s’asseoir à côté de lui. »

Après son arrivée à Athènes, Gabriel a été transféré à la prison d’Amygdaleza dans un bus de la police où il est resté deux semaines jusqu’à ce que son avocat appelle l’OIM et qu’il soit transféré dans un camp fermé où Gabriel attendait son vol pour l’Ethiopie. Il a décrit la réalité de la vie à Amygdaleza : « Ceux qui avaient une carte de téléphone appelaient les officiers de l’OIM pour leur demander la procédure, mais la plupart des prisonniers n’avaient rien, il y avait des réfugiés qui attendaient depuis plus de 6 mois mais n’ont reçu aucune réponse de l’OIM. Ils devaient quitter la Grèce dans les deux jours et retourner dans leur pays d’origine avec l’OIM, mais cela leur a pris plus de six mois. Il y avait une grève des repas tous les jours mais personne ne s’en souciait. Il y avait un grand nombre de pakistanais et de bangladais. Aucun d’entre eux n’ont réussi à rentrer chez eux, ils ont finalement appris de la police que l’OIM attendait qu’ils soient assez nombreux pour remplir deux avions. Beaucoup d’entre eux sont devenus fous. »

Le centre de pré-éloignement de Corinthe.

D’autres personnes doivent aussi faire l’expérience que, alors qu’elles sont déjà détenues, elles ne peuvent pas être renvoyées dans leur pays d’origine avec le programme de l’OIM. Elles sont alors coincées dans des limbes dévastateurs, incapables d’avancer et incapables de revenir en arrière.

Adnan (nom changé) du Pakistan a signé pour l’AVRR après quelques mois sur Lesvos. Ses chances d’obtenir le statut de réfugié étaient faibles, ses enfants et sa femme lui manquaient et il avait désespérément besoin de trouver du travail pour rembourser les dettes que sa famille avait contractées pour son voyage en Europe. Après quelques mois d’attente à Lesvos, il a été transféré au centre de pré-éloignement d’Amygdaleza près d’Athènes. Il a été gardé là pendant cinq mois sans être informé de sa procédure ou quand il pourrait retourner au Pakistan. Finalement, il a été renvoyé à Lesvos : l’ambassade de son pays d’origine ne l’avait pas accepté en tant que citoyen et a refusé de lui délivrer un document de voyage.

Après le retour – Une chaîne d’emprisonnement continue

La chaîne de l’emprisonnement et de la violence continue souvent dans les pays d’origine des rapatriés.

Les personnes qui ont été renvoyées au Pakistan signalent qu’elles ont été immédiatement arrêtées à l’aéroport. Elles ont été menacées d’être détenues pendant environ 10 à 20 jours et ensuite condamnées par le tribunal pour deux à trois mois supplémentaires pour avoir quitté illégalement le Pakistan si elles refusaient de payer une amende d’environ 10.000 à 30.000 roupies pakistanaises (environ 70-220 €) ). Lorsque les rapatriés ont été condamnés par un juge, ils doivent payer un montant similaire ou rester en prison. De cette façon, les rapatriés doivent remettre la majeure partie de leur « argent de réintégration » de 500 euros du programme AVRR directement à la police pakistanaise. Voir aussi: Évaluation des accords de migration par l’Université d’Utrecht

Des situations similaires sont créées dans d’autres pays : la famille d’une personne « revenue volontairement » en Iran aurait été contrainte par les autorités à payer plusieurs milliers d’euros de pots-de-vin pour empêcher l’emprisonnement de leur fils.

Pour certaines personnes, participer au programme AVRR peut non seulement conduire à l’emprisonnement mais met en danger leur vie : Gabriel avait fui son pays en tant que militant dans l’opposition politique et membre d’une minorité ethnique persécutée. Avant de renoncer à son droit de demander l’asile et de décider de s’inscrire au programme de l’OIM, il a déclaré : « J’ai décidé de retourner en Ethiopie. Je sais que je pourrais être mis en prison et être torturé, mais je suis dans une prison ici et des gens meurent aussi dans cette prison. » Voir aussi le rapport du Centre juridique Lesbos.

Quand il a finalement été déporté d’Athènes en Ethiopie, sa prédiction est devenue vraie . Il a rapporté : « Après mon arrivée, j’ai passé six heures avec ma famille. Puis deux hommes sont arrivés avec un pick-up. Ils m’ont mis un pistolet sur la tête, m’ont forcé dans une voiture et m’ont emmené dans un endroit souterrain. Ils ont pris mes papiers, m’ont posé des questions interminables, m’ont frappé et m’ont torturé. Je suis resté dans cet endroit pendant deux semaines. » Les tortures l’ont convaincu qu’il serait assassiné mais finalement il a été libéré et a réussi à fuir à nouveau le pays pour sauver sa vie.

Cellule dans le centre de pré-éloignement à Corinthe, en Grèce.

Qu’est-ce qui pousse les gens à accepter un retour « volontaire » dans leur pays d’origine ?

Il y a un certain nombre de raisons pour lesquelles le programme AVRR est considéré comme un « succès » et attire un grand nombre de participants – malgré les dures réalités pour les personnes expulsées.

1. La situation générale sur les îles et les procédures d’asile prolongées

Les demandeurs d’asile des îles grecques sont confrontés à des conditions de vie inhumaines dans les hotspots. Ils souffrent du manque de logements adaptés, de nourriture suffisante et d’installations d’hygiène décentes. Sur le continent grec, les conditions sont également précaires dans de nombreux endroits. Ces conditions poussent les demandeurs d’asile à abandonner leur droit à la protection internationale et à retourner dans leur pays d’origine.

La procédure d’asile est longue et fatigante et les chances de succès sont très faibles, en particulier dans le cadre de la procédure dite « de procédure accélérée » mise en œuvre sur les îles grecques depuis la déclaration UE-Turquie. Certains demandeurs d’asile ont été bloqués sur les îles depuis le 18 mars 2016 avec des demandes d’asile en attente. De plus, il existe de sérieux doutes sur la qualité, la transparence et l’équité des décisions du service d’asile grec et du Bureau européen d’appui en matière d’asile. Un grand nombre de demandeurs d’asile sont rejetés malgré la certitude qu’ils seront confrontés à la persécution dans leur pays d’origine .

Si la demande d’un demandeur d’asile est rejetée ou déclarée irrecevable, la personne peut faire appel de la décision négative ou revenir avec le programme AVRR . Dans le cas d’un appel, ils seront très probablement expulsés en Turquie car le taux d’acceptation en appel est inférieur à 1%. Ainsi, dans la plupart des cas, les personnes doivent accepter de signer le soi-disant « retour volontaire » devenant leur seule option pour échapper à la déportation en Turquie ou à une période de détention encore plus longue.

2. Les détenus peuvent raccourcir leur période de détention

Parmi les migrants qui sont détenus, l’AVRR est considéré comme une méthode pour raccourcir leur période de détention. En avril 2017, de nombreuses personnes ont été arrêtées dans une vaste opération de police sur l’île de Lesbos. Toutes celles d’entre elles qui n’avaient pas demandé l’asile à ce moment avaient alors deux choix : soit demander l’asile et rester en prison jusqu’à la décision de la demande – ce qui peut prendre plus d’un an – soit s’inscrire au retour « volontaire » et être libéré. En conséquence, beaucoup de personnes arrêtées ont décidé d’accepter un retour « volontaire ».

Certains détenus dans le centre de pré-éloignement du camp de Moria ont rapporté que le personnel de l’OIM se rendait à plusieurs reprises dans le centre de détention et « offrait » la possibilité à des personnes désespérées de s’inscrire au programme AVRR.

3. C’est le seul moyen d’éviter la détention en Turquie

Même si les migrants ne sont pas contraints de rentrer, l’AVRR est souvent leur seule solution pour éviter la détention dans les centres de renvoi turcs. Les personnes dont les demandes d’asile sont rejetées et qui ne demandent pas d’AVRR seront expulsées vers la Turquie. De retour en Turquie, tous les non-Syriens (et certains Syriens) sont transférés dans des centres de détention fermés où ils peuvent être officiellement maintenus jusqu’à 12 mois. Les conditions de détention sont encore pires qu’en Grèce et de nombreux détenus ont signalé des abus de la part des gardiens de prison. L’accès à un soutien juridique ou autre est très limité. Comme la Turquie a seulement signé la Convention de Genève sur les réfugiés avec une restriction géographique, seul un citoyen européen peut demander l’asile. Les Syriens peuvent au moins bénéficier d’une « protection temporaire », mais ils sont souvent incapables d’accéder à des conditions de vie décentes et sont contraints à des conditions de travail abusives. En théorie, les membres d’autres nationalités peuvent demander une protection internationale auprès du HCR, mais les non-syriens sont plus susceptibles d’être détenus et éventuellement expulsés vers leur pays d’origine : selon la Commission européenne, depuis l’entrée en vigueur de l’accord UE-Turquie, seulement deux des déportés non-syriens ont obtenu le statut de protection en Turquie, 57 personnes attendent toujours la décision, 10 personnes ont été rejetées et 831 ont été expulsées sans pouvoir ou vouloir demander l’asile. Dans plusieurs cas, les détenus sont forcés de signer des documents de retour .

4. Les rapatriés bénéficient de petites incitations financières

Les rapatriés dans le cadre du programme AVRR reçoivent environ 500 à 1.000 € avant leur retour et on leur promet de recevoir une prime de « réintégration » à leur arrivée dans leur pays d’origine. Cependant, dans certains cas, les rapatriés attendent depuis des mois sans recevoir leur aide à la réintégration dans leur pays d’origine et certains doivent dépenser l’argent qu’ils reçoivent en Grèce pour payer des amendes aux autorités locales.

Camp de Moria en novembre 2017.

Conclusion – Retours désespérés

Dans le contexte de la déclaration UE-Turquie et de ses conséquences, l’adhésion à « l’aide au retour volontaire et à la réintégration » est dans la plupart des cas une décision désespérée. Beaucoup de personnes sont littéralement brisées par les conditions de vie insupportables dans les camps de réfugiés en Europe et par une procédure d’asile qui ne respecte pas les normes fondamentales d’équité pour s’inscrire au programme de retour de l’OIM. Malgré les craintes sérieuses de retourner dans leur pays d’origine, les gens s’inscrivent à l’AVRR, ce qui donne une idée des conditions de vie dans les camps de l’UE.

Une fois que les migrants ont signé l’accord, l’OIM et les autres États et organismes participants semblent se considérer comme déchargés de la responsabilité du bien-être des rapatriés. Beaucoup de personnes qui s’inscrivent au programme AVRR n’ont rien à voir avec un retour « sûr et digne ». Avant leur retour, ils sont traités aussi mal que des déportés : transportés menottés, détenus et victimes de violences dans les centres de pré-éloignement. De retour dans leur pays d’origine, de nombreux rapatriés sont de nouveau exposés à la détention, à l’exploitation et à la persécution qu’ils ont fui en quête de sécurité et d’une vie décente en Europe.

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Soirée de soutien : Contes et musique d’Irlande – Samedi 24 mars à Saint Jean du Gard

Le collectif d’accueil solidaire de Saint jean du Gard vous propose une soirée de soutien :

CONTES et MUSIQUE d’IRLANDE

à la Maison Abraham Mazel à Falguières – Samedi 24 mars à 17h

Participation libre et petite restauration au profit des familles réfugiées accueillies à St Jean du Gard

Venez écouter !! Venez danser !!

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Cantine sans frontières – samedi 24 mars : repas Kabyle !!

Au menu de la cantine ce mois ci :

Galettes de poivrons
Couscous légumes / poulet
Cornes de gazelle / Makrouts

prix libre de soutien aux familles sans papiers.

A la rétive (42, rue du fbg d’auvergne à Alès), à 12h30.

Venez nombreu.ses et relayez !

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[Hautes-Alpes] Mobilisation contre l’expulsion du CHUM – mardi 13 mars

Depuis le 9 septembre 2017, le Centre d’Hébergement d’Urgence de Mineurs exilés (CHUM) de Veynes a accueilli plus d’une centaine de jeunes arrivant de la frontière italienne, car ni le Conseil Départemental ni l’État n’ont eu la volonté de mettre en place des dispositifs d’hébergement suffisants, pourtant de leur responsabilité ! Face à ces lamentables moyens institutionnels, ce lieu occupé et autogéré veut montrer qu’un accueil digne et réactif est possible.

Le 13 mars aura lieu à Gap, le procès d’expulsion du CHUM (tract ici : tract13mars) : ce lieu autogéré, organisé par des gens qui demandent à minima que les institutions respectent la loi, et qui proposent beaucoup mieux qu’elles. Ce procès, c’est la seule réponse officielle de l’État face à nos dénonciations, et l’on voit que pour protéger ses remparts, le rouage est huilé : huissiers, traitement des demandes d’expulsion, dans ce sens cela fonctionne bien ! Fait de briques et de brocs, le CHUM est un lieu de vie, de passage, d’échange, d’entraide qui répond à l’urgence constante et à un besoin criant d’humanité.

Au quotidien, écœuré par cette triste politique, le CHUM est rythmé de récups, de dons, de permanences médicales, d’accompagnements juridiques, de moments de partage, de visites prévues ou spontanées qui font du bien. Il continue à vivre, malgré nos gros cernes qui nous empêchent d’oublier cette triste réalité.

MOBILISONS NOUS POUR DÉFENDRE CE LIEU D’ACCUEIL SOLIDAIRE ET CONTINUONS À DÉNONCER LA POLITIQUE ANTI-MIGRATOIRE DE L’ÉTAT FRANÇAIS !!!!

  • RDV le 13 mars 9h30 devant le tribunal de Gap pour un petit déjeuner déterminé, avant le début du procès d’expulsion prévu à 10h30
  • Prises de paroles et discussions autour de la sale politique d’accueil des exilé-e-s par l’État français. Focus particulier sur les très difficiles prises en charge des soins et de la scolarisation des mineurs exilés dans les Hautes-Alpes
  • Et à midi : cantine collective devant le parvis du Conseil Départemental pour lui rappeler ses obligations d’accueil digne des mineurs exilés

Le collectif de soutien au CHUM

Pour être informé-e-s des avancées et des besoins du CHUM

inscrivez-vous à notre liste de diffusion (mail à chum-veynes@riseup.net)

ou appelez le 07 58 43 01 00

ou venez directement au CHUM : la « maison des chefs de gare » est située 23 avenue des Martyrs à Veynes (rond-point direction Grenoble, 300m à gauche)

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Rassemblement ce samedi 24 Février 2018, à 11h, devant le CRA de Nîmes

MAJ : Ismaël libéré !!

n°79 – Lettre d’information RESF 30 – 22 Février 2018.

Notre combat en ce qui concerne l’immigration, les sans-papiers et leurs enfants, continue : combat de solidarité et d’offensive.

Rassemblement ce samedi 24 Février 2018, à 11h, devant le Centre de Rétention Administrative

Arrestation et enfermement au CRA d’un jeune parrainé par l’Association Ados Sans Frontières !

 RESF  ” Réseau Education Sans Frontières ” constate une fois de plus que ces jeunes sont victimes d’une politique du soupçon permanent, voient leur minorité systématiquement contestée à l’issue d’une procédure d’évaluation injuste, partiale, et souvent malveillante.
                Il faut en finir avec la violation des droits des jeunes isolés étrangers.

 RESF  proclame haut et fort qu’il y a urgence à ce que les responsables politiques ouvrent les yeux ! Assez d’hypocrisie, il ne suffit pas de se réclamer des conventions internationales sur les droits humains, il faut les respecter ! C’est à vous messieurs Macron et Colomb que nous nous adressons.

Nous vous demandons d’accueillir dignement ces jeunes voulant trouver asile en France.

             ISMAËL  doit-être libéré du centre de rétention immédiatement, ce n’est pas la place d’un enfant qui réclame la protection de notre Pays.

RASSEMBLEMENT SAMEDI 24 FÉVRIER 2018 à 11heures DEVANT LE CENTRE DE RÉTENTION !

Avenue Clément Ader, près de l’Ecole de Police, proche aérodrome de Courbessac.

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Cantine sans frontières – samedi 24 février : repas Albanais !!

Au menu de la cantine ce mois ci :

Sallat Lakne (Salade aux deux choux)
Tasqebab (Soupe au boeuf)
Pilav me bizele (Risotto aux légumes)
Ravani (Gâteau moelleux)

prix libre de soutien aux familles sans papiers.

A la rétive (42, rue du fbg d’auvergne à Alès), à 12h30.

Venez nombreu.ses et relayez !

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Plus de victimes aux portes de l’Europe

L’OIM, l’agence des Nations Unies pour les migrations, rapporte que 8 154 migrants  et réfugiés sont entrés en Europe par mer durant les six premières semaines de 2018. Ce chiffre se compare à 12 358 arrivées dans la région durant la même période l’année dernière.

Sur ce nombre, l’Italie a reçu 4 731 personnes, 1 729 personnes sont arrivées sur les côtes grecques, et en Espagne, les autorités ont enregistré l’arrivée de 1 683 personnes.

À la même période, 401 personnes sont mortes alors qu’elles essayaient d’atteindre l’Europe – une augmentation par rapport à 2017, où 261 décès ont été enregistrés au cours de la même période.

Triste résultat de la politique Européenne de contrôle et de surveillance rendant les voies d’accès toujours plus dangereuses…

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COMMUNIQUÉ DES OCCUPANTS du Service allocation du Conseil Départemental du Gard

Nîmes, lundi 12 février 2018

Nous occupons aujourd’hui les locaux des services Allocations du Conseil départemental du Gard (10 rue Villeperdrix, 30900 Nîmes) pour dénoncer les difficultés faites aux ressortissants européens, qui ne parviennent pas à obtenir le RSA . Plus largement, nous dénonçons les contrôles qui touchent les personnes au RSA, les radiations, etc.

Le Conseil départemental du Gard a une vision particulièrement restrictive du droit au séjour des Européens et bloque systématiquement leurs dossiers. Certaines personnes vivent en France depuis dix ou vingt ans, ont travaillé, fait des formations, se sont retrouvées au chômage, percevaient le RSA dans d’autres départements… et se le voient refuser dans le Gard ! Ce département applique avec un zèle particulier les restrictions budgétaires réclamées par l’État sur le dos des plus pauvres ! Le traitement des demandes est ainsi doublement inégalitaire : d’une part entre les personnes européennes et les personnes françaises, et d’autre part en fonction des départements.

Dans une société capitaliste où le chômage ne cesse d’augmenter au seul profit des plus riches, nous n’avons pas d’autre choix que de devoir nous défendre pour pouvoir survivre avec les miettes qu’on nous laisse. Seules des luttes d’ampleur pourraient remettre en question le capitalisme.

Nous voulons l’abolition de la société de classes, de l’État, de l’argent, du salariat… Tant que ce ne sera pas le cas, nous exigeons :

– La remise immédiate du RSA aux personnes européennes ;

– Un traitement identique pour les ressortissants européens et l’ensemble des personnes demandant le RSA ;

– La fin des contrôles systématiques des allocataires et des dispositifs de ciblage (étrangers, personnes seules avec enfants, colocataires…) ;

– La fin des coupes budgétaires sur les aides sociales.

Des travailleurs, chômeurs, précaires énervés !

Pour en savoir plus sur les droits des ressortissants européens:
https://exploitesenerves.noblogs.org/
http://www.comede.org/download/acces-aux-droits-sociaux-et-droit-au-sejour-des-citoyens-de-lunion-ue-et-des-membres-de-leur-famille/
http://gisti.org/IMG/pdf/tableau_comede_droits_sociaux_ue_v27_-_septembre_2017_.pdf

https://exploitesenerves.noblogs.org/emission-acces-rsa-ressort-euro/

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En route vers l’Europe, quand l’eldorado ferme ses portes…

Depuis les arrivées massives de réfugiés en 2015, le renforcement du contrôle de l’immigration clandestine est devenu une priorité pour l’Union Européenne et passe par un ensemble de mesures rendant complexe la compréhension de son action. Néanmoins, comme l’indique un rapport récent sur la politique migratoire européenne, « la logique poursuivie est relativement simple et peut se résumer à deux grands objectifs : empêcher les personnes migrantes d’arriver sur le territoire européen et renvoyer celles qui s’y trouvent en situation administrative irrégulière. »1

Vers une généralisation de la crise…

On peut lire dans le communiqué de presse rédigé à l’occasion du sommet européen des 14 et 15 décembre 2017, la déclaration du président de la Commission européenne M. Jean-Claude Juncker : « Même si nous quittons progressivement la gestion de crise, il est évident que les migrations demeureront un défi pour toute une génération d’Européens. L’Europe doit se doter de toute urgence de moyens pérennes de gérer les migrations de façon responsable et équitable. Nous avons certes accompli des progrès tangibles au cours des trois dernières années, mais il est temps à présent que les propositions deviennent législation, et que cette législation soit mise en pratique. »2 La période de crise est donc passée nous informe t-on, et il est temps d’œuvrer à une gestion stable et pérenne des flux migratoires.

L’Union européenne entend montrer la voie à suivre, et se donne comme priorités législatives pour les années à venir les domaines d’actions suivants : « le renforcement de la sécurité des citoyens européens » et « la réforme et le développement de sa politique migratoire dans un esprit de responsabilité et de solidarité »3. Pour cela, la coopération des pays membres de l’Union européenne ainsi que celle des pays de départ et de transit est une priorité. Les principaux axes de la feuille de route proposée lors de ce sommet doivent permettre d’aboutir à un « accord global sur une politique migratoire durable » d’ici juin 2018. Il s’agira notamment de :

– rendre pleinement opérationnelles les capacités de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) et d’accroître ses objectifs d’expulsions (+50 % dès juin 2018)4.

– assurer la mise en œuvre complète de l’accord UE-Turquie. Si la Commission européenne se réjouit en affirmant qu’il a permis de « […] jouer un rôle clé en veillant à ce que le défi migratoire en Méditerranée orientale soit traité efficacement et conjointement par l’UE et la Turquie. », pour de multiples raisons, le nombre de relocalisation dans les pays européens demeure bien en dessous des prévisions annoncées et les retours en Turquie depuis la Grèce restent pour l’heure limités5. Les réfugiés sont ainsi bloqués sur le continent ou sur les îles grecques durant de longues périodes dans l’attente de la négociation de leur cas. Les principales considérations de la commission sont de réduire l’arriéré des demandes, améliorer les capacités de traitement et de détention en Grèce dans le but d’accélérer les retours.

– renforcer la coopération avec les pays « tiers » africains. La question migratoire est conditionnée à l’ensemble des domaines de coopération (économique, commercial, politique ou militaire, aide au développement) selon les intérêts européens : réadmission des personnes en situation irrégulière, renforcement des contrôles aux frontières et gestion des migrations au sein même des pays de départ ou de transit6.

– réviser le régime d’asile européen commun (RAEC) avec pour objectif d’approuver, d’ici juin 2018, une révision du règlement de Dublin dans le cadre d’un accord plus large sur toutes les réformes proposées. Il est question d’harmoniser les conditions d’accueil dans toute l’UE et notamment de : réduire les différences de taux de reconnaissance d’un pays à l’autre et décourager les mouvements dits secondaires d’un pays européen à l’autre par des mesures plus strictes, adapter et renforcer le système Eurodac7 pour faciliter les retours et lutter contre la migration irrégulière, et adopter le concept de « pays tiers sûr »8.

Du point de vue des dirigeants européens, la gestion de la crise n’était donc pas entendue dans le sens de la capacité des états membres à faire face à un afflux exceptionnel de populations immigrées et de procéder à leur intégration sur leur territoire. Il s’agissait bien de développer des moyens pour bloquer dans l’urgence des entrées considérées comme intrusives. Autrement dit, l’essentiel des efforts ont été consacrés à la mise en place d’une politique migratoire coordonnée de gestion des flux et de protection, mais pas de résoudre la situation endurée par les personnes contraintes de fuir leur pays et demandant protection en Europe9.

Si les États membres annoncent procéder à la réinstallation de 50 000 réfugiés vulnérables supplémentaires d’ici à mai 2019, ce chiffre est à mettre en relation avec la hausse des prévisions du nombre d’expulsions envisagées et les retours volontaires assistés supplémentaires financés par la Commission devant être effectués d’ici février 2018 (dont notamment 15.000 personnes bloquées en Libye). Il faut également relativiser les prévisions de réinstallations qui dans la pratique se heurtent aux cafouillages plus ou moins volontaires des états refusant de se prêter à la répartition dite équitable de la charge – et qui permettent d’ailleurs dans l’attente de résolutions de ne pas appliquer ces mesures10.

Les orientations envisagées pour les années à venir par l’UE n’ont pourtant rien de fondamentalement nouveau. Elles ne font qu’entériner la logique que nous connaissons aujourd’hui et persistent dans une volonté de fermeté. Les migrations irrégulières doivent être combattues qu’elles qu’en soient les conséquences, et les possibilités légales d’accéder en Europe ne sont pas améliorées, bien au contraire. Si le nombre d’arrivées sur le sol européen demeure aujourd’hui nettement inférieur à celui de 2015, il est toujours question de poursuivre le virage sécuritaire légitimé par la « crise », et de le généraliser11.

L’Europe sécuritaire comme repoussoir

Les annonces en trompe l’œil d’une politique « responsable et solidaire » viennent justifier la réadmission rapide et efficace de ceux qui n’auraient pas le droit de séjourner dans l’UE. Si des voies d’accès légales sont mises en avant dans les programmes de communication de la commission européenne, la majeure partie des réfugiés non éligible demeure toutefois laissée pour compte. Pour l’UE, ces voies légales présentent notamment l’avantage de renforcer la sélection parmi les candidats à l’exil et participeraient à réduire les incitations à la migration irrégulière12. Concernant les aspects économiques, la sélection est établie dans l’idée que les états membres puissent attirer selon leurs intérêts les travailleurs possédant les compétences « dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin »13. Ainsi, alors que le principe de l’accueil inconditionnel est constamment remis en cause, une partie de la population immigrée se voit destinée à répondre aux pénuries de compétences et aux besoins croissants de la société vieillissante européenne, tandis qu’une autre se voit criminalisée et rejetée.

Poursuivant cette logique, puisqu’une immigration dite légale est proposée, les autres moyens d’accès sont en conséquence considérés comme irréguliers. Les réfugiés deviennent alors des clandestins et tout un ensemble de pratiques répressives sont appliquées durant leur séjour en Europe. Il s’agira de la surveillance et des refoulements des zones frontalières, du fichage systématique et de la prise d’empreintes précédant toute démarche administrative, de l’extension de zones d’attentes dédiées à la vérification des identités, ou de l’enfermement en centres de tri ou dans des camps. En tant que demandeur d’asile, les assignations à résidence et l’enfermement peuvent compléter ce dispositif répressif. Une fois débouté, c’est la clandestinité avec des contrôles sur l’ensemble du territoire, des arrestations, la mise en rétention, puis pour finir, l’expulsion forcée qui peut achever pour beaucoup de personnes des périples parfois bien longs et dangereux…

Paradoxalement, en plus d’être criminalisés, les réfugiés sont souvent représentés à travers un prisme misérabiliste et victimisant où toute considération sociale et politique leur est dénigrée. Dans le meilleur des cas, ils peuvent se plaindre du froid ou de la faim, mais les raisons qui les poussent à subir ces conditions ne sont que rarement relayées publiquement. Ceux-ci restent donc privés de la possibilité de porter un discours critique voire des revendications. Un amalgame pervers se met en place entre la situation désastreuse engendrée par les guerres et les conditions déplorables que les réfugiés rencontrent également en Europe. Il serait donc « normal » ou « acceptable » qu’une personne fuyant la misère de son pays soit soumise à des conditions sociales et matérielles similaires en arrivant dans une métropole européenne. Un réfugié resterait donc un réfugié où qu’il soit, l’image d’un camp à la frontière syro-jordanienne ou aux abords de Mossoul ne différant pas tellement de celle d’un camp à Paris ou à Calais… Mais en Europe, le fait de dormir sous une tente est rapidement suspecté, – l’assimilation à la délinquance et aux troubles à l’ordre public arrivent vite – et la répression policière et les harcèlements sont donc là aussi justifiés.

Ainsi, la stigmatisation du réfugié en tant que « criminel » ou « victime » est produite et va de pair avec le renforcement des législations et des pratiques discriminantes. La privation de statut d’individu à part entière empêche une juste prise en considération des droits élémentaires et nie tout processus d’identification ou d’empathie. Les récents décrets, lois et applications vont cependant dans le sens de cette déshumanisation, et accompagnent la propagande médiatique alimentée par la plupart des gouvernements. L’effet repoussoir des murs, gardes-frontières et centres de rétention se trouve donc renforcé tant par le déni d’accès aux droits et aux protections sociales ou humanitaires, que par la répression mise en place. Autant d’arguments permettant de rendre l’Europe assez indésirable pour que de nombreuses personnes préférèrent aller voir ailleurs ou rentrer chez elles14.

Une question humanitaire ?

Le traitement de la question migratoire prend une tournure inédite tant dans sa forme que dans ses proportions, et bien des interrogations demeurent face aux orientations en cours. Les impératifs qui sous-tendent cette politique méritent d’être questionnés et débattus, d’autant qu’ils ne sont que rarement abordés dans leur ensemble. Si quelques pistes peuvent être évoquées, il paraîtrait plus raisonnable d’envisager un ensemble de facteurs liés entre eux plutôt qu’une cause unique.

Les efforts déployés pour maintenir à distance une quantité toujours grandissante de la population laissent présager que des désordres tant économiques, écologiques que politiques pourraient engendrer d’importants déplacements de populations dans les années à venir. L’Europe souhaiterait alors se prémunir face aux mouvements migratoires qui peuvent être provoqués par les nombreuses zones profondément déstabilisées économiquement, ou en proie à de fortes tensions sociales susceptibles de se transformer à tout moment en véritable conflits explosifs. L’étincelle du printemps arabe dans sa tournure la plus sanglante en Syrie entraînant des millions de déplacés l’a montré15. L’instabilité dans les différentes régions du moyen orient où d’Afrique notamment légitimerait en conséquence la mise en place de cet impitoyable mécanisme de filtrage.

D’autre part, l’économie européenne, qui a jusque là été un facteur déterminant de l’immigration, est globalement au point mort et doit déployer d’importants efforts pour maintenir sa compétitivité au niveau mondial16. Il n’est guère surprenant que les principes humanistes des droits de l’homme cèdent vite le pas aux impératifs du marché… La survie économique de l’Europe passe avant celle des milliers d’individus jetés sur les routes à cause de la misère subie dans leur pays. Pour autant, la gestion des flux migratoires s’avère une activité particulièrement rentable et s’intègre pleinement dans un large pan de l’économie : nombreux sont les investisseurs prêts à profiter des nouveaux débouchés qu’elle ouvre17. S’ajoute à cela, la récupération politique sur fond de xénophobie dans une Europe sécuritaire et fascisante, qui est également l’un des aspects de l’instrumentalisation des politiques migratoires œuvrant à la fermeture des frontières18.

L’immigration peut être perçue d’un point de vue politique pour l’Europe comme une épine bien embarrassante. Cela, certains états l’ont bien compris et tentent alors d’en faire valoir leurs intérêts. C’est le cas notamment de pays limitrophes tels la Turquie ou la Libye qui usent de leur position stratégique en devenant les avant-postes gardés de l’Europe. Leurs services se monnayent dans le cadre de signatures d’accords, et peu importe si les droits des réfugiés qui y sont retenus ne sont pas respectés. L’Europe « forte et démocratique » se retrouverait-elle ainsi prise au piège de sa propre politique par les milliers d’immigrés souhaitant fouler son sol ? La question reste complexe et ne peut entraîner d’affirmations rapides. Mais à travers la sinistre partie de poker qui se joue entre les états, leur manière de faire face et de reprendre les cartes en main est bien d’assurer la maîtrise de leurs propres frontières. De là s’explique alors leur fermeté et leur volonté sans failles de réguler l’immigration.

La question de l’immigration est aujourd’hui inextricable des intérêts politiques actuels. En étant liée aux contraintes économiques, diplomatiques ou militaires qui dépassent largement la simple question de la volonté de l’accueil, elle entre dans le jeu stratégique des rapports de forces entre états. Par conséquent, le principe de l’accueil inconditionnel et de la libre circulation des personnes ne peut s’envisager sérieusement qu’avec une remise en cause plus globale des enjeux liés aux migrations. Que signifie alors la revendication de l’ouverture des frontières dans un monde qui n’a de cesse que de se refermer ? La réponse n’est sûrement pas à chercher dans le nombre de couvertures qu’il faut apporter aux réfugiés, mais plutôt de replacer la critique des politiques migratoires non sur le plan de la question humanitaire, mais bien sur celui de la politique. L’un des premiers réflexes d’une partie de la société européenne est, à juste titre, de s’offusquer des conditions livrées aux réfugiés arrivant dans leur propre pays. Un autre pourrait être de s’intéresser aux raisons pour lesquelles ces personnes ont du fuir. En quelque sorte, plutôt que de regarder l’obus tombé à ses pieds, s’intéresser à qui l’a tiré.

Photos Gabriel Tizón.


1 Voir le rapport réalisé conjointement par le réseau Migreurop, le collectif Loujna-Tounkaranké, et la Cimade : http://www.migreurop.org/article2849.html?lang=fr

2 Voir la feuille de route de la Commission européenne du 7 décembre 2017 : https://ec.europa.eu/commission/news/political-roadmap-sustainable-migration-policy-2017-dec-07_fr

3 Voir le communiqué de presse de la Commission européenne du 14 décembre 2017 : http://europa.eu/rapid/press-release_IP-17-5266_fr.htm

4 Depuis juillet 2016 et l’adoption de son nouveau mandat par le Parlement européen, son rôle en matière d’expulsion s’est considérablement renforcé. Frontex peut en effet désormais prendre l’initiative d’organiser des « opérations de retour conjointes », ce qui était jusqu’ici une prérogative des États membres, et a coordonné en 2016 l’expulsion de 10 700 personnes dans le cadre de 232 opérations – soit trois fois plus qu’en 2015 – vers neuf pays dont l’Afghanistan, la Somalie, le Soudan et la Turquie. En 2017, Frontex est l’agence la mieux financée de l’UE avec un budget de 302 millions d’euros.

5 Selon les chiffres annoncés par la commission européenne 11.490 réfugiés ont été réinstallés de la Turquie vers les États membres de l’UE, 2.059 ont été expulsés depuis mars 2016, 2.041 seraient rentrés « volontairement » des îles depuis juin 2016. Suite à la signature de la déclaration, la route des Balkans a été fermée et près de 60.000 se sont retrouvées piégées en Grèce, dont environ 15.000 dans les îles. Les arrivées sont toujours fréquentes sur les îles et viennent remplacer les expulsions en Turquie, ce qui fait que le nombre global de personnes en attente n’évolue que peu. Pour de plus amples informations sur les hotspots, voir l’étude : http://journals.openedition.org/revdh/3375#tocfrom2n2

6 Pour obtenir la collaboration des pays tiers qui n’ont pourtant aucun intérêt à s’investir dans ce domaine, l’UE propose des contreparties. Progressivement, elle a étendu cette conditionnalité afin qu’il devienne impossible pour les États ciblés de coopérer avec l’UE dans un domaine spécifique sans que les objectifs européens en matière migratoire ne soient aussi abordés. Il ne s’agit pas seulement de récompenser les États qui acceptent de coopérer, mais de faire en sorte qu’ils n’aient pas les moyens de refuser (voir rapport cité en note n°1).

7 Eurodac est une base de données mise en place dans l’Union européenne et opérationnelle depuis le 15 janvier 2003. Doté d’un système automatisé de reconnaissance d’empreintes digitales, il a pour objet de contribuer à déterminer l’État membre qui, en vertu de la convention de Dublin, est responsable de l’examen d’une demande d’asile présentée dans un État membre et de faciliter à d’autres égards l’application de la convention de Dublin.

8 L’adoption du concept de « pays sûr » permettrait l’expulsion automatique des demandeurs d’asile vers les pays extérieurs à l’Union européenne par lesquels ils auraient transité si ces pays sont considérés par les institutions européennes comme ne présentant pas de risques majeurs pour les personnes y étant renvoyées. Ce concept se base sur l’idée que la charge de l’accueil devait être au moins partagée avec les pays de transit. Voir par exemple pour plus d’informations : http://www.portail-humanitaire.org/news/on-renvoyer-demandeurs-dasile-vers-pays-tiers-surs/

9 L’on comprend ainsi pourquoi du point de vue de l’Europe, l’application de l’accord UE-Turquie est une réussite : les entrées ont significativement chuté, l’accord a servi de base exportable pour d’autres pays, et au final, il ne resterait « que » le retour à mettre en place pour les quelques milliers de personnes encore bloquées dans le pays…

10 On pense par exemple aux nombreux états refusant de se prêter au jeu de la répartition censé venir en soutien aux pays « en première ligne » comme la Grèce et l’Italie : au mois de septembre 2017 – au terme de la procédure prévue pour deux ans –, le nombre de personnes ayant bénéficié du dispositif était inférieur à 30 000 (dont 20 000 depuis la Grèce), ce qui correspond à un peu moins du cinquième du total que les États membres s’étaient engagés à accueillir ; où encore l’on pensera aux différents groupes parlementaires allemands ne souhaitant pas reconduire le programme de regroupement familial pour les bénéficiaires de la protection subsidiaire devant prendre fin en mars 2018. https://www.ecre.org/germany-proposals-to-uphold-cap-on-family-reunifications-despite-drop-in-potential-applicants/

11 Les chiffres publiés début février 2018 par le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) montrent une diminution significative du nombre de demandes d’asile introduites dans l’UE en 2017 (une diminution de 43% par rapport à 2016. Cette tendance ne signifie pas pour autant que les populations nécessitant une protection aient diminué au niveau international, mais plutôt que la politique européenne de protection des frontières porte ses fruits. https://www.easo.europa.eu/news-events/press-release-easo-releases-overview-2017-eu-asylum-trends

12 Les voies d’accès légales permettent notamment d’effectuer un tri par un traitement discriminatoire selon la nationalité des demandeurs de protection. On peut citer comme exemple la sélection effectuée dans les hotspots grecs. Les personnes dont les nationalités obtiennent un fort taux de reconnaissance (supérieur à 75% comme pour les Syriens, Irakien, Érythréens…) pouvaient prétendre aux programme de relocalisation dans un autre pays européen. Celles obtenant un faible de taux de reconnaissance et considérées comme migrants économiques (par exemple les Pakistanais, Bangladais, Algériens…) sont préventivement placées en rétention dans l’attente de leur reconduite. https://noborderkitchenlesvos.noblogs.org/post/2017/10/02/28-reasons-for-arbitrary-detention/

13 Voir le document sur les relocalisations et la migration légale présenté par la commission européenne en décembre 2017 : https://ec.europa.eu/home-affairs/sites/homeaffairs/files/what-we-do/policies/european-agenda-migration/20171207_resettlement_and_legal_migration_en.pdf

14 Voir l’article : https://blogs.mediapart.fr/philippe-wannesson/blog/041217/quand-leurope-sera-devenue-indesirable

15 Les bombardements, l’occupation, et la destruction de zones civiles entières en Syrie ont provoqué l’exil de millions de personnes durant les conflits (12 millions de réfugiés et déplacés internes au début 2017). De tels déplacements de populations ont entraîné des répercutions au sein même du pays, dans les régions voisines et jusqu’en Europe.

16 Les états européens ont pourtant toujours su par le passé user de l’immigration en fonction de leurs besoins économiques : la population algérienne fut appelée en France dans les années soixante lorsque les projets d’infrastructures nécessitaient un large besoin en main d’œuvre adaptable, l’Allemagne a fait de même quelques années plus tard en allant directement choisir ses travailleurs en Turquie pour le bon développement de son industrie, plus récemment l’Espagne a ouvert ses portes à l’immigration maghrébine pour ses besoins ouvriers dans le domaine agricole…

17 Chaque part de marché est bonne à prendre, qu’il s’agisse d’ailleurs d’économie parallèle comme d’économie « officielle ». On pensera notamment à l’exploitation par le travail clandestin, les réseaux de prostitution, ou à diverses activités lucratives (passage de frontières, location de logement insalubres,…) pour le versant non déclaré. Pour le versant légal, le business de l’humanitaire et du sécuritaire cherchent également le profit dans les moindres recoins : des supermarchés remplacent par exemple peu à peu l’aide humanitaire jusque là distribuée par les ONG dans les camps. Les réfugiés seraient ainsi en passe de devenir des consommateurs comme les autres… La part d’une « industrie de l’aide » représenterait un volume dépassant les 25 milliards de dollars annuels (voir : https://www.monde-diplomatique.fr/2017/05/AUTHEMAN/57444)

18 Cela étant, les discours sécuritaires agitant la « peur de l’immigration » sont portés depuis bien des années, et même si les amalgames plus récents et peu scrupuleux tentant d’établir des liens entre l’accueil des réfugiés et le risque terroriste font le choux gras des journaux en quête de gros titres, ceux-ci semblent plus de l’ordre de la récupération politique qu’issus de raisons objectives déterminant des politiques actuelles. Cette instrumentalisation n’en reste pourtant pas moins problématique pour bien des aspects, notamment dans les tensions qu’elle exacerbe au sein des populations et le racisme qu’elle produit.

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